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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 12:20

Au carquois de mai 2009,

la « Revue des archers » nº 16

 

La « Revue des archers », ancrée au Théâtre Toursky à Marseille, publie son numéro 16. Cette parution est à saluer comme la poursuite d’un invraisemblable pari lancé, il y aura bientôt dix ans, par Richard Martin qui revendique dans ces pages « l’art rebelle, seul ferment de nos résurrections ». Ce volume attire l’œil irrésistiblement grâce à la couverture en ocre vif, tracé noir et plumes en variations gris bleu du peintre Yvan Daumas.

 

Le sommaire ne fait que confirmer la fertilité du travail collectif mené ici par le comité de rédaction de la revue. Les Archers sont pour la plupart des écrivains marseillais qui témoignent ici, dans leurs productions personnelles, d’une belle santé d’écriture. Ils manifestent également leur talent de rabatteurs en attirant des voix qui comptent dans le paysage littéraire. Outre une huitaine d’illustrateurs qui ont apporté leur concours à cet ouvrage, on trouvera ainsi plus de trente signatures, parmi lesquelles celle d’un poète amérindien de la tribu wendake, Jean Sioui, celle d’un auteur phare de la nouvelle génération tibétaine, Djangbu, ou encore des voix italiennes remarquées comme Giorgio Cittadini et Andrea d’Urso.

 

À cette salve internationale s’ajoutent des textes de prose et de poésie, qui cohabitent sans imbécile guerre des clans, où le lecteur de récits dont la trame se déroule peu à peu, et l’amateur de fulgurances poétiques ou de voix resserrées trouveront également leur bonheur. Entre l’humour urbain au coin des lignes de Michel Monnereau et les incantations rythmées des légendes de Jean-Luc Pouliquen, il n’y a rien à choisir, seulement à consentir à se laisser porter d’un texte à l’autre, en autant d’exercices de liberté. Les compactes p’tites mains de la jeune Québécoise Sonia Cotten applaudiront ainsi à la truculence généreuse du récit parabolique de l’orang-outan (« allo, Bibi, ici Houston ») d’Henri-Frédéric Blanc. Lorsque Frédéric Estrade ponctue dans sa méditation des effets de bruits « Nous choisissons l’écriture pour ne pas avoir à jouer », Jean-Pierre Cramoisan nous entraîne dans une leçon de métaphysique animale par le rire, troublante Cavale dans le cristal dont son chat Gris Gris est la cause… Car le tragique dans cette revue est inséparable des poussées d’humour que l’on trouve ici et là, dans un ordre évidemment dispersé ; le sens des belles alliances de mots n’oublie pas les angoissants états des lieux, le désespoir des échouages, et encore l’esprit combattant qui réclame de l’humanité encore et encore, par temps de crise et au-delà. « Quand je serai grand, je serai un héros » dit le petit enfant de la belle et troublante nouvelle de Françoise Donadieu, les Chiens qui parcourt la rage contemporaine des « bottés, casqués qui tuent les poètes ». À quoi semble lui faire écho le Manifeste du manque de pot, écrit par un Dominique Sorrente qui surprendra encore son lecteur mais rejoindra bien des vécus des marges d’aujourd’hui. Cette chronique d’une déréalisation vécue fera office d’exercice salutaire pour que se libère le cri du personnage double de Bran : « Puisqu’il en est ainsi désormais, je serai un poète pèlerin ». Apprendre à dérouter la déroute : ce pourrait être aussi un des chemins empruntés par les auteurs de la revue, chacun à sa manière.

 

 

On saluera aussi la présence de figures emblématiques de la vie artistique et littéraire à Marseille, le poète et conteur Georges Lauris ou le compositeur Lucien Guérinel, et encore cette pensée commune in memoriam pour le journaliste Pierre Paret, ami des poètes à travers les années, emporté dans le beau navire de la mémoire qu’évoque Yves Broussard dans un hommage à son père, navigateur aux Messageries maritimes.

 

Et c’est peut-être cela, un des dénominateurs de cette livraison de mai de la Revue des archers. Accueillir sans cesse des voix pleines, engagées, reconnaissables ou qui méritent de l’être. Croiser l’incandescence et la douceur, la passion des lointains et la vigilance du coin de rue. Ré-enchanter les non-dits du spectacle chloroforme. Dire ce qu’on pourrait nommer une « marseillitude » en écriture où les surabondances du prolixe et les manières sobres du taiseux font des ricochets en bord d’une mer commune. En somme, manifester une approche de la littérature vivante, un temps de respiration par grand vent de Méditerranée. Un jour, promis, d’autres grandes âmes se retourneront vers les Archers et se rendront compte qu’il y a là, à côté de l’univers aguerri du polar marseillais, un lieu rare pour flécher les mots (« sagittaire lancé/ au giron de ta nuit » selon la belle formule d’Angèle Paoli) et revigorer notre humeur d’attrape-rêves. Notre époque en a sacrément besoin.

Dominique Sorrente

 

Recueilli par

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Revue des archers, publication littéraire semestrielle

Directeur de la publication : Richard Martin

Éditions Titanic-Toursky • 16, promenade Léo-Ferré • 13003 Marseille • France

Numéro 16 - mai 2009

Abonnement 2 numéros : France : 30 €, étranger : 35 €

Courriel : revuedesarchers@gmail.com

Rencontre en mai : la Revue des Archers (Marseille) et la revue 12 × 2 (Alger) organisent une rencontre à deux voix au restaurant Le Caribou, à Marseille, le mercredi 20 mai à 19 heures.

L’association Formidables Peintres et Christian Catoni ont le plaisir de vous convier à la présentation des publications

Le Caribou • 38, place Thiars • 13001 Marseille

04 91 33 22 63

Métro : Vieux-Port

Parking : cours d’Estienne-d’Orves

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Publié par Les Trois Coups - dans Livres | Revues | D.V.D.
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