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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 01:41

Il était UNE fois


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


« Au bois dormant », trois mots accolés pour révéler le dessin d’un imaginaire collectif, aux odeurs douces-amères de l’enfance. « Au bois dormant » comme titre de spectacle, né dans un lieu portant le même nom. Au bois dormant où des adolescents autistes, un danseur chorégraphe, un auteur, plus tard un musicien puis un autre regard vont se rencontrer et partager quelque chose entre l’art et la vie. « Au bois dormant » aujourd’hui au Théâtre de la Cité-Internationale, comme résultat artistique d’une expérience vécue intensément. Ce bois-là tente de fabriquer des ponts entre les univers. Il fait éclater plus d’isolement que de solitude, mais bien plus de lumière que d’obscurité.

La cité universitaire internationale est une bulle rebondie de vert, d’eau et d’air libre, où se dressent des maisons aux noms de pays. Le Mexique, le Maroc, le Danemark sont lovés aux contours de la capitale de France. Une place aux airs de dépaysement. Comble du voyage : un théâtre y est abrité ! Pascale Henrot le dirige depuis un an. Elle invite la danse, le théâtre, la musique, les arts visuels, ou tout ceux-ci mêlés, et ouvre cet été son carnet de bal au cirque. Belle idée pour ce si grand et rare espace, et promesse aussi belle de le rendre spectaculairement vivant.

Pour le moment, quatre yeux au fond de la scène encore plongée dans l’obscurité observent les spectateurs qui prennent place en pleine lumière dans la grande salle. Puis tout bascule pour découvrir un plateau entièrement recouvert d’une toile. Elle représente probablement des arbres en hiver, dont les branches nues peuvent devenir des chemins. Trois personnes s’avancent avec concentration et fragilité, trois humilités déjà touchantes dans la manière, discrète, qu’elles ont de s’accrocher à leur art, leur appui solide. Le silence accueille ces trois corps. L’un porte un instrument de musique, l’autre des feuilles couvertes d’écritures, le dernier sa grâce, ou plutôt sa présence toute spéciale de danseur.

© Agnès Mellon

Maintenant, ils résument leur rencontre avec les jeunes autistes. Marie Desplechin tente de voir l’endroit possible où les deux mondes se rejoignent, se demandant parfois qui du danseur ou des malades est le plus fou. Thierry Thieû-Niang danse les gestes saccadés qu’il a pu comprendre de l’extérieur, les tremblements et les sauts, reflets d’une agitation intérieure extrême. Il tente la communication par le langage des corps, muets de mots mais pas d’élans ni d’écoute, malgré un sens qui demeure mystérieux.

Il était une fois jusqu’au 9 juin 2009 un étrange conte aux bois dormant. On ne sait s’il finit bien ou commence mal, la question est ailleurs. Quatre arts s’interrogent, se cherchent et se trouvent : l’écriture, la danse, la musique et le théâtre. Le grand magicien reste l’instant présent, le seul fil qui semble, là, saisissable. Celui, rouge, qui relie entre elles la naissance du projet, les rencontres, la création et la représentation publique. Celui seul qui peut joindre les êtres, même dans l’éphémère. L’instant est l’unique réalité qui nous soit effectivement commune, à tous, et en particulier ici à ces deux mondes entre lesquels aucune passerelle ne paraît constructible. Le monde de l’autisme, dont le tour est « grand comme une cage », quand celui de la « normalité » peut atteindre la lune. L’instant où une communication s’établit, cette interaction-là s’appelle victoire, même avec un petit v, si précieuse quand toute bataille est perdue d’avance.

Ce spectacle est à l’image du questionnement qu’il propose : sans réponse certaine et toujours en suspens, plein de grâce et de petits, tous petits miracles. 

Claire Néel


Au bois dormant, de Marie Desplechin et Thierry Thieû-Niang

Compagnie Thierry-Thieû-Niang • 17, rue Saint-Antoine • 13002 Marseille

06 71 00 55 03

www.thierry-niang.fr

Texte et interprétation : Marie Desplechin

Chorégraphie et interprétation : Thierry Thieû-Niang

Musique : Benjamin Dupé

Regard extérieur : Patrice Chéreau

Lumière : Bertrand Couderc

Théâtre de la Cité-Internationale • 17, boulevard Jourdan • 75014 Paris

Réservations : 01 43 13 50 50 | www.theatredelacite.com

Du 4 au 9 juin 2009 à 21 heures, relâche mercredi

Durée : 50 minutes

21 € | 14 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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