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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 03:13

Bienvenue à Athènes !

 

« Iphigénie à Aulis » ou comment jouer au xxie siècle une pièce grecque écrite et représentée à Athènes au ve siècle avant notre ère… Une pièce dont la traduction et la mise en scène permettent d’apprécier la valeur universelle et de nous interroger sur des notions qui raisonnent encore – oh combien ! – à l’époque contemporaine : la gloire, le sacrifice, le patriotisme, le mensonge, l’amour filial d’un père et celui d’une mère, l’héroïsme juvénile…

 

La tragédie dont il est question ici met en scène le mythe du sacrifice d’Iphigénie. L’action se situe à Aulis, dans le camp militaire grec, devant le baraquement du roi et chef de guerre Agamemnon. Ce dernier a rassemblé ses troupes pour partir à Troie et ramener Hélène, la femme de son frère Ménélas, enlevée par Pâris. Cependant, l’absence de vent empêche l’armée de prendre la mer. Le devin Calchas dévoile que la déesse Artémis exige, pour rendre la liberté aux navires, qu’auparavant lui soit sacrifiée la fille d’Agamemnon, Iphigénie. Le roi envoie donc une missive à sa femme, Clytemnestre, pour qu’elle amène Iphigénie, en prétextant le mariage de sa fille à Achille, l’un des chefs de l’armée. Dès lors, « laissons faire le destin »…

 

C’est une pièce « classique », dans toutes les acceptions du terme : un texte d’une riche qualité (l’auteur n’est autre que le dramaturge grec Euripide, champion de la tragédie athénienne), un texte qui sert de modèle (Rotrou, Racine et Goethe ont chacun leur Iphigénie) et, enfin, un texte qui est digne d’être enseigné et transmis (c’est Estelle Baudou, étudiante en lettres classiques qui a entrepris sa traduction). Classique… Ou plutôt « antique »… Imaginez que cette pièce soit montée par des anciens élèves de classes préparatoires hellénistes et amoureux du théâtre… Imaginez des comédiens chaussés de simples sandales, revêtus de longues robes et portant des masques… Imaginez un chœur de comédiennes qui allie le chant à la danse… Alors, vous aurez un aperçu de ce spectacle au sens où les Anciens l’entendaient : un spectacle total, où texte déclamé jouxte texte chanté et accompagné de notes de musique, où pas posés avoisinent pas de danse… Un spectacle qui, comme dans l’Antiquité, est gratuit : le théâtre faisait partie intégrante de la démocratie, et tous les citoyens y allaient ensemble !

 

« Iphigénie à Aulis »

 

La mise en scène est semblable à celle d’un spectacle de théâtre grec antique. Tout d’abord, le spectacle a lieu en plein air. Ensuite, ce sont trois comédiens masqués qui se partagent l’ensemble des rôles de la pièce, masculins comme féminins : le port du masque rend possible le changement de rôle, puisqu’il identifie le personnage. Les scènes purement théâtrales alternent avec les interventions d’un chœur qui chante en exécutant des figures de danse. À cet égard, les choreutes sont accompagnés d’un hautbois qui constitue le substitut de l’aulos * antique. Enfin, les comédiens de ce spectacle sont des amateurs, à l’image des comédiens athéniens qui ne connurent la professionnalisation que tardivement.

 

Néanmoins, un parti pris résolument moderne a été engagé en ce qui concerne les chants du chœur. Dans l’Antiquité, en effet, les membres du chœur chantaient en général à l’unisson, accompagné par l’aulos. Or, dans cette mise en scène, les huit choreutes – sopranos et altos – chantent l’un après l’autre, puis par deux, dans une alternance qui dynamise le spectacle, pour en arriver progressivement à chanter à l’unisson. Cette modernité permet aux spectateurs d’adhérer plus encore, s’il en était besoin, à la représentation.

 

L’auditoire est pleinement intégré au spectacle. Tout d’abord parce qu’Euripide recourt à l’ironie tragique lorsque Clytemnestre parle de sacrifice à Agamemnon sans savoir qu’il s’agit de celui de sa propre fille, alors que le public, lui, est dans la confidence. Ensuite, lors de répliques, toujours contemporaines, qui entraînent les (sou)rires de l’assistance : « Il est naturel d’être mal à l’aise quand on rencontre ses beaux-parents » ! Enfin, la peinture des sentiments qui disloquent les êtres est formidablement rendue : par les discours contradictoires de ce père qui aime sa fille, mais qui se voit contraint de la sacrifier ; par Ménélas qui finit par refuser le sacrifice de sa nièce par amour de son frère déchiré ; par la douleur de cette mère confrontée à la perte prochaine de sa fille. Mais, surtout, par l’héroïsme de cette jeune fille qui finit par accepter de « donner [s]on corps à la Grèce ».

 

Alors, à tous les citoyens du xxie siècle : χαίρετε ** et bon spectacle ! 

 

Lison Crapanzano

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


* L’aulos (en grec ancien αὐλός ou aulós) est un ancien instrument de musique à vent utilisé notamment en Grèce antique. Le musicien est appelé un aulète.

Le terme aulos est traditionnellement traduit par « flûte (double) », mais il est plus proche du hautbois. Il est composé d’un double tuyau percé de trois ou six trous et doté d’une anche double. Il est fabriqué en roseau, en bois ou même en ivoire. Il s’oppose au flageolet des bergers, la syrinx, qui ne possède pas d’anche ; on le qualifie donc parfois de flûte noble. Sa sonorité est aigrelette.

** « Salut ! », en grec.


Iphigénie à Aulis, d’Euripide

Traduction et mise en scène : Estelle Baudou

Assistant à la mise en scène : Matthieu Birken

Avec : Antoine Amblard, Benjamin Camard, Hélène Camard, Claudine Charnay, Élise Clarac-Hordé, Nathalie de Biasi, Damien Giros, Mathilde Hug, Sylvain Menges ,Camille Neymarc, Chloé Richer, Camille Soulerin

Musique originale : Noémie Brodier

Chorégraphie : Tamara Maes

Costumes : Louise Buchaillard

Masques : Marion David

Le 7 juin 2009 à 17 heures sur le quai Joseph-Gillet à Lyon, bas port (à droite de la passerelle Mazaryk)

Le 18 juin 2009 à 19 h 30 au parc de la mairie du 5e arrondissement, 14, rue Docteur-Edmond-Locard à Lyon

Le 20 juin 2009 à 19 heures sur le campus de l’École normale supérieure L.S.H. (métro Debourg) à Lyon

Réservations : iphigeniereservation@laposte.net

Durée : 1 h 45

Entrée libre

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

stoni 21/06/2009 13:34

J'ai assisté avec beaucoup de plaisir à cette pièce, et transmets toute mes félicitations à la troupe qui l'a montée.
Super.

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