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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 11:54

Daniel Mesguich : la quête impossible de l’art dramatique


Par Vincent Morch

Les Trois Coups.com


Daniel Mesguich, directeur du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, nous a livré, à l’occasion de la publication d’un livre d’entretiens réalisé avec Rodolphe Fouano (« Je n’ai jamais quitté l’école », chez Albin Michel, [voir ici]), quelques éléments de son parcours personnel et surtout les grandes lignes de sa vision de l’enseignement de l’art dramatique. Une rencontre passionnante.

Daniel Mesguich est un homme de nuances, qui ne recule pas non plus devant les paradoxes. Pour lui qui a reçu sa formation au cours des années structuralistes, où le sujet était mis hors-jeu de la grille de lecture du réel, pour lui qui nous a affirmé que l’essentiel était le texte et non l’auteur, le faire et non l’être, il peut sembler contradictoire d’avoir accepté de se livrer à cet exercice du portrait et de nous rendre compte de cette expérience. Mais, en réalité, malgré quelques petites révélations sur les origines de sa vocation, une seule chose soutient et nourrit son discours : l’art dramatique, et la manière dont il se transmet.

L’une de ses idées fortes est que, dans le théâtre, on n’arrive à rien seul. C’est un art où la solitude ne peut aboutir au moindre résultat. Dans le domaine de l’enseignement, la conséquence en est qu’il s’agit moins pour les professeurs de transmettre des techniques et des savoir-faire qu’une manière d’être. Le professeur d’art dramatique transmet une présence, une attitude, une disponibilité par rapport aux autres et aux textes. Il y a quelque chose d’archaïque – je dirais presque d’initiatique – en cela : ce rapport est plus celui d’un maître à des disciples que d’un professeur à ses élèves. Daniel Mesguich a, pour sa part, eu la chance de travailler avec de tels maîtres (Pierre Debauche et Antoine Vitez), envers qui il se reconnaît une grande dette.

Entre le maître et le gourou, pourrait-on rétorquer, la frontière est étroite. Cette manière de voir n’est-elle pas potentiellement dangereuse ? Elle le serait sans doute si le maître se sentait détenteur d’un savoir arrêté. Mais l’enseignement selon Mesguich est avant tout une recherche. Pour lui, les phrases et les textes sont ouverts. Jouer, c’est s’engager dans une aventure dont on ne sait pas où elle va mener. Il n’y a pas de vérité absolue, parce qu’il n’y a ni langage ni transmission purs et parfaits. Les phrases sont grevées de trous, d’espaces béants, qui engendrent des malentendus créateurs, et qui impliquent des ajustements et des réajustements constants. Le rôle du professeur – comme celui du metteur en scène – est de faire jaillir un accord de ce magma de mots. Il ne tire de (relative) supériorité que de son expérience plus grande.

Ainsi donc, ce qu’il essaie de mettre en place au Conservatoire, c’est avant tout une école d’artistes (et non d’artisans), outillés pour partir dans cette aventure dont personne ne peut présager l’issue. Il a donc créé des cours qui n’existaient pas (cours de solitude, pensée du théâtre) et, pour ouvrir le Conservatoire au monde, a rendu publiques certaines interventions. L’essentiel n’est ni de maîtriser un savoir ni d’obtenir un diplôme : l’essentiel est de comprendre dans sa chair ce que c’est qu’être acteur. Beau programme, en vérité. Mais bien que le théâtre ait besoin d’être pensé, il ne connaît qu’une seule vérité, celle de la scène. Et c’est donc avec impatience que nous attendons les prestations de la première promotion formée intégralement selon les principes de Daniel Mesguich, afin de juger si elle tient toutes ses belles promesses. 

Vincent Morch


Salon du théâtre et de l’édition théâtrale

Foire Saint-Germain • place Saint-Sulpice • 75006 Paris

http://www.foiresaintgermain.org

Vendredi 22 mai 2009 de 18 h30 à 22 heures, et samedi 23 mai 2009 et dimanche 24 mai 2009 de 10 heures à 19 heures

Entrée libre

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