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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 20:21

De l’art de combler les trous


Par Vincent Morch

Les Trois Coups.com


Nous nous attendions à rencontrer avec Sébastien Thiery, l’auteur de « Cochons d’Inde » primé aux derniers molières, Patrick Chesnais, récompensé pour son rôle dans cette pièce, et Jean-Michel Ribes, metteur en scène et directeur du théâtre du Rond-Point. Mais ces deux derniers invités n’ayant pas pu, pour des raisons de santé (?), se rendre au salon, la rencontre s’est transformée, avec la complicité d’Emmanuel Lelièvre, en lecture d’extraits de « Sans ascenseur » et de « Dieu habite Düsseldorf », les deux premières pièces de Sébastien Thiery.

Cela a été pour nous l’occasion de découvrir l’univers de ce jeune auteur que la critique a – peut-être en s’enflammant quelque peu, comme il le reconnaît lui-même – comparé (entre autres) à Kafka ou Beckett.

La raison d’être de ces illustres références, c’est le maniement d’un humour absurde, qui mêle avec un certain bonheur tendresse et provocation. Dans Ma femme, par exemple, un homme raconte benoîtement qu’il est marié à une femme à tête de hibou et que, somme toute, avec l’habitude, il s’y est fait parfaitement. Un autre lui répond que, pour sa part, c’est avec sa mère qu’il vit – maritalement s’entend. Et je passe sous silence les relations qu’entretiennent entre eux les autres membres de la famille.

Deux autres extraits traitent sur le mode parodique du gueuloir de Flaubert appliqué à une autobiographie insipide et de l’amitié expliquée aux nuls. Le quatrième extrait m’a semblé le plus faible (deux amis se racontent les films qu’ils ont vu la veille au soir). Et une petite note d’émotion pour finir, avec Alain, 35 ans, éternel enfant triste.

Plutôt efficaces donc, ces textes m’ont néanmoins fait penser à ce type de sketches que l’on voit de manière régulière à la télévision, en particulier sur une chaîne cryptée bien connue. Et je me suis demandé s’ils avaient été écrits spécifiquement à destination du théâtre. Ils me semblaient manifestement immatures. Je ne comprends donc pas vraiment pourquoi pas une ligne de Cochons d’Inde n’a été lue, pas un mot prononcé au sujet de cette pièce, qui est censée être pourtant d’une qualité largement supérieure. J’ai passé un moment agréable en compagnie de ces deux lascars, mais s’agissait-il pour eux d’amuser seulement la galerie, de combler un vide regrettable dans la programmation du salon ? Nous parler de cette dernière pièce, aurait-ce été pour eux comme jeter de la confiture aux cochons ? Je déplore ce manque de générosité, et cette désinvolture par rapport au public du salon. 

Vincent Morch


Cinquième Salon du théâtre et de l’édition théâtrale

Entrée libre, de 10 heures à 19 heures

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