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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 22:40

Exercice périlleux
et émouvant


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Il est midi, et le soleil tape déjà sur les tentes du Salon du théâtre. Les bancs face à la grande scène sont clairsemés, avec un public qui peine à fixer son attention au milieu du bruit, du passage, de la chaleur. Face à nous, Patrick Saucier, colosse à l’accent québécois prononcé nous présente la lecture de quelques extraits de son spectacle, « le Boxeur », qui sera joué à partir de cette semaine au Tarmac de la Villette. Performance difficile, car rien de spectaculaire dans sa présentation. Pourtant, depuis le banc du fond, je suis happée, et touchée.

Patrick Saucier part d’un rien. D’un regard de mépris posé sur lui, un soir, place d’Italie, par une belle Parisienne qui n’a pas jugé bon d’orienter un Québécois perdu dans la capitale. À partir de ce regard arrogant posé sur lui, de ce silence qui l’a terrassé, Patrick Saucier déroule la trame de sa violence. Une violence qui explose, éclate, et le mène jusqu’à la prison. Il nous raconte la genèse de cette violence, la volonté familiale de faire de ce grand gaillard un boxeur. L’exultation dans les coups donnés qui l’empêchent de se noyer lui-même en noyant l’autre. Le grand corps malhabile du comédien nous parle de son histoire personnelle, d’une intimité. On ne sait pas si c’est son histoire à lui, entière, nue. On imagine les ponts, les liens, le mélange entre réalité et fiction. Pas besoin d’en savoir plus, on est touché, et ça suffit.

Au-delà de l’envie d’aller voir ce spectacle, c’est la forme même de l’exercice qui m’a particulièrement touchée. Il est bon que le théâtre vive aussi dans cette liberté-là. Dans la liberté formelle du point de vue de la scène, et dans la liberté de présence, d’écoute, de passage du côté du public. Difficile de livrer un texte intime, qui réclamerait attention, silence, cocon, dans le cadre d’un salon, au milieu de la foule, des gens qui se lèvent, s’assoient, s’éventent, vont et viennent. Mais cette contrainte-là, dans laquelle Patrick Saucier s’est coulé avec grâce, tout à son texte, à ce qu’il avait à dire, sans chercher à retenir, imposer, demander le calme, cette contrainte-là est devenue une liberté. Étonnant de voir ce géant à la voix grave et aux mains imposantes trembler en tournant les pages, chercher ses mots, hésiter. J’y ai lu non pas un malaise, une gêne, mais la conscience de livrer quelque chose de précieux, d’important. Cet engagement-là, dans lequel je l’ai vu, m’a tenu le regard et l’oreille vissés à la scène, l’esprit envolé dans les mille images de son histoire québécoise. Bravo. 

Élise Noiraud


Salon du théâtre et de l’édition théâtrale

Accès libre • de 10 heures à 19 heures

Foire Saint Germain • place Saint-Sulpice • 75006 Paris

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