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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 16:57

« Ceux qui ne rient jamais » riront

 

Un théâtre à l’italienne, un rideau rouge épais surmonté d’une fresque à l’allure vieillotte, tout, à La Pépinière Théâtre, conspire en faveur de ce qui est sur le point de s’y jouer : « Comtesse Baisemsky », un seul en scène d’une heure dix écrit par Martine Drucker, mis en scène par Rosario Audras et interprété par Josette Stein.

 

« Lucienne, Marie, Émilienne, Odette Baisemsky, née Pichois, comédienne de son état, débuta sa carrière au début du siècle dernier. Elle fut même une petite gloire du passé avant de voir péricliter sa notoriété dans les années 1960 ». C’est en se fondant sur cette courte et énigmatique biographie de ce personnage, établie par le Larousse, que Martine Drucker écrit « Comtesse Baisemsky », actuellement sur le plateau de La Pépinière Théâtre. Ce sont les confessions désopilantes et touchantes d’une comédienne au succès passé et qui tente coûte que coûte de maintenir en vie une carrière sur le déclin.

 

Le rideau s’ouvre sur une femme, seule, assise à un vieux bureau, elle écrit. Elle relève soudainement la tête, constate notre présence, et retourne tout aussi soudainement à son occupation du moment. Premiers rires d’un public déjà sous le charme de la comtesse et de son interprète Josette Stein, véritable bête de scène, qui nous fera réitérer bien souvent ces rires au cour de la soirée.

 

Lucienne, Marie, Émilienne, Odette Baisemsky écrit ses mémoires. Ceux d’une carrière de comédienne entamée au début du vingtième siècle et qu’elle tente, tant bien que mal, de faire perdurer. Et, puisqu’on est là, elle va nous les faire partager, nous faire les porteurs de sa mémoire. Ne pas tomber dans l’oubli, surtout pas. Un regard posé avec tendresse et dérision sur la gloire, agrémentée des maladresses de ses débuts.

 

La comtesse conteuse évoque les anecdotes les plus désopilantes de ses premiers pas sur scène. Elle affiche un espoir ferme, bien que soumis à rude épreuve, quand à la pérennité de sa carrière. Car le temps passe et joue souvent en défaveur de la comédienne, qui se retrouve confrontée, avec ses références du passé, aux nouvelles méthodes de travail et d’embauche… Un nouveau monde. Tant pis, elle n’en démord pas et oppose à l’adversité un positivisme et une bonne volonté à toute épreuve. Ici, point de misérabilisme ni d’apitoiement sur un sort parfois ingrat. La comtesse aime son métier même si cet amour est souvent à sens unique. On rit énormément à l’évocation de sa déroute et de situations au pathétique irrésistible.

 

Un rôle littéralement sur mesure pour Josette Stein, comédienne au C.V. impressionnant (elle travaille entre autres avec John Strasberg), qui prête sa folie, sa passion, sa fougue et une présence scénique hypnotisante à un personnage qui lui rend la pareille. Elle parvient à créer une réelle complicité avec le public, n’hésitant pas à le prendre à parti directement sans jamais le mettre mal à l’aise.

 

Une technique parfaite, fruit d’une expérience impressionnante et qui donne à entendre avec délice les subtilités d’un texte de qualité. Un texte qui, avec humilité et humour, se fait la voix universelle des acteurs et de leur amour pour un métier parfois ingrat. Comtesse Baisemsky de Martine Drucker rejoint ainsi, dans un registre toutefois plus léger, Moi, Feuerbach de Tankred Dorst et l’Actrice empruntée de Fabrice Melquiot au panthéon des plus beaux, drôles et émouvants témoignages sur la vie d’acteur, et plus largement sur la lutte contre l’oubli, contre les ravages du temps.

 

Je sors de ce « seul en scène » d’une heure dix amoureux plus que jamais de mon métier. Mais, attention ! Si le sujet de cette pièce est une comédienne, le spectacle n’est pas réservé aux seuls acteurs. Tout le monde y rit. Petits et grands, acteurs ou pas. Et ceux qui ne rient jamais (les comédiens selon la comtesse) riront eux aussi. 

 

Benjamin Brenière

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Comtesse Baisemsky, de Martine Drucker

www.theatrelapepiniere.com

Mise en scène : Rosario Audras

Avec : Josette Stein

Costumes : Claudie Gastine

La Pépinière Théâtre • 7, rue Louis-le-Grand • 75002 Paris

Réservations : 01 42 61 44 16

Du 22 mai au 30 juin 2009 les vendredis à 18 h 30, les dimanches à 20 heures

Durée : 1 h 10

20 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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