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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Le nouvel Abkarian est arrivé !
Alors que le débat sur la critique bat son plein à l’Institut hongrois, une âme charitable me souffle : « Il est presque six heures. Ton Simon Abkarian va commencer sa lecture, là-bas sur la grande scène… ». « Mon » Simon Abkarian ! Le vôtre aussi, j’espère. Il fut au théâtre (du Soleil notamment) les rois, les clochards, les poètes, au cinéma à la fois le bon, la brute et le truand. Abkarian, c’est trois artistes pour le prix d’un : l’auteur, l’acteur, le metteur en scène. On aime les trois. Je file !
J’arrive juste à temps pour le voir lire, texte en mains, le prologue de sa nouvelle pièce baptisée pour l’instant (mais ça peut changer) : le Dernier jour du jeûne. Quelle joie d’entendre à nouveau sa langue lyrique et gouailleuse, diseuse de joies et de peines, de guerres et de soleil noir, en un mot de Méditerranée ! La pièce s’inspire d’une ancienne tradition mi-religieuse mi-folklorique qui voulait que les jeunes filles pubères jeûnassent (pardon, le français et sa grammaire !) pendant une semaine. Le septième jour, avant de s’évanouir de faim, la gamine était censée voir comme dans un songe son « futur ».
Su le plateau, ils sont cinq. Notre aède arménien s’est entouré de femmes comme quand il était enfant à Beyrouth : Catherine Schaub-Abkarian, Ariane Dubillard et Audrey Fleurot, qui se chamaillent entre elles et dialoguent avec le piano de Macha Gharibian. Catherine fait la mère de Véla et d’Astrig. C’est une grande gueule comme ces terres de matriarcat savent en produire. Ses filles donc : Ariane Dubillard et Audrey Fleurot, qui se jalousent donc se savent, se raillent, s’injurient, s’exècrent, bref se traitent comme font toujours ces deux sœurs ennemies : l’âme et la chair.
Simon Abkarian dans « le Menteur » | © Brigitte Enguérand
Dans cette joute tendre et absurde, les deux actrices font merveille, l’une aussi mondaine et sèche que l’autre canaille exprès ! Ismène/Antigone, Chrysothémis/Électre… au Liban, avant la guerre, chez des Arméniens. Voilà qui promet ! La pièce verra bientôt le jour et comprendra dix personnages : cinq femmes et cinq hommes. Ce sera à sa façon « la suite » de Pénélope ô Pénélope que nous avions couvert il y a juste un an (voir ici). Sauf qu’elle racontera ce qui s’est passé, donc vingt ans plus tôt. L’histoire du père incestueux d’Antée : le salaud immortalisé par John Arnold.
On va me croire de parti pris, mais déjà là, rien qu’à la lecture, un frisson me parcourait. J’ajouterai qu’Audrey Fleurot dont le personnage avait, c’est vrai, la part très belle dans ce premier acte, est une actrice et une femme assez fabuleuses. Pourquoi seules nos consœurs auraient le droit de craquer sottement pour des interprètes ? Bref à suivre, de près ! ¶
Olivier Pansieri
Les Trois Coups
Deuxième journée du Salon du théâtre et de l’édition théâtrale
Réservations : 01 43 29 61 04
Cinquième Salon du théâtre et de l’édition théâtrale
Samedi 23 mais 2009, de 11 heures à 19 heures
Place Saint-Sulpice • Institut hongrois • 75006 Paris
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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