Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 22:29

Donner à manger


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Samedi 23 mai, j’arrive au Q.G. vers midi. Journée chargée à tout point de vue. Le temps, très lourd, vire à l’orage. Ça tombe bien, j’ai un rhume carabiné et une foultitude de choses à couvrir. À 14 heures sur la grande scène : mise en appétit de « Stuff Happens » ; à 16 h 30 à l’Institut hongrois : causerie sur le thème « Avec le Net, la critique va-t-elle changer ? ». Présents sur le plateau : Armelle Héliot (« le Figaro »), Jacques Nerson (« le Nouvel Obs »), Gilles Costaz (« Match », « Politis »…), Philippe Tesson (« l’Avant-scène »), Jean-Pierre Léonardini (« l’Huma ») et très probablement dans la salle : Vincent Cambier (« les Trois Coups »). À 18 heures sur la grande scène : Simon Abkarian présente sa prochaine pièce. Titre provisoire : « le Dernier Jour du jeûne ». À propos, on se la saute drôlement ! C’est qu’on est dans le sixième, où le moindre sandwich est facturé une fortune. Pas folle la guêpe, j’ai apporté un modeste poulet cuit, aussitôt pris d’assaut par mes camarades.

14 heures : je retrouve Cédric Enjalbert (l’ange Albert, comme je l’appelle) sous le vélum heureusement prévu pour mettre à l’abri les spectateurs de la grande scène. Il tombe des seaux. Au point que des mendiants sont venus se mêler, sur les côtés, aux spectateurs, attendant que ce déluge cesse. Ce sont apparemment des étrangers qui dorment sur la place, quand on ne les en chasse pas. D’une certaine façon, ils y sont presque plus chez eux que nous, ses occupants occasionnels.

Stuff happens est une pièce qui parle justement de la guerre d’Irak et de ses dégâts collatéraux, comme on nomme pudiquement les conséquences désastreuses qu’elle a eues sur la vie des populations civiles. Ici, place Saint-Sulpice, la population civile, ça devient brusquement ce musicien ambulant, plus tout jeune et mal rasé, qui soudain se lève et interrompt Bruno Freyssinet, l’un des deux cometteurs en scène qui nous présentait son spectacle. « Oh, politique non ! Donner à manger. Manger ! Manger ! » lance-t-il. Et de s’en aller sous la pluie, son accordéon sous le bras. Alors qu’elle parle justement de ça, cette pièce de David Hare créée à Londres en 2004. De la misère née de la politique. L’éternel paradoxe de l’art engagé.

« Stuff Happens » | © Pascal Victor

Je reviendrai sur la pièce elle-même quand je l’aurai vue. Ce qui m’a paru intéressant dans cette présentation, ce sont moins les extraits pourtant très bien lus par Greg Germain, Arnaud Décarsin et Olivier Brunhes que le récit de son montage financier par ses deux jeunes cometteurs en scène Bruno Freyssinet et William Nadylam. Deux ans de démarches, de rencontres assorties de réactions classiques (« Vous êtes jeunes, on ne vous connaît pas et vous débarquez avec un projet pour 14 comédiens !? Vous voulez rire ? ») et d’une foule de jolis gestes pour que le projet aboutisse. Parmi les jolis gestes, celui des comédiens qui ont accepté d’être mal payés mais aussi des institutions : le T.N.P., le Rond-Point, qui ont prêté qui son matériel, qui ses locaux pour répéter, Nanterre qui a coproduit et programme Stuff Happens jusqu’au 14 juin 2009.

Quand on lit le programme, on est frappé du nombre impressionnant de gens qui ont aidé. À leur façon, ils répondent au musicien ambulant de tout à l’heure : ils ont donné à manger à ce projet, qui lui-même voudrait donner à manger à nos consciences, hélas davantage habituées aux nourritures prédigérées. Au final, une leçon très encourageante de solidarité et de persévérance donnée par « cette grande famille qu’est le théâtre ». « Un mot qui n’est pas toujours usurpé », comme le rappelle en conclusion William Nadylam.

16 h 20 déjà ! Il faut qu’on file à l’Institut hongrois. « La critique théâtrale est-elle libre ? » demandera Jean-Pierre Léonardini (l’Humanité), qui animera le débat, à ses collègues. Nous, va savoir ? En tout cas, personne aux Trois Coups ne veut manquer ça. 

Olivier Pansieri


Deuxième journée du Salon du théâtre et de l’édition théâtrale

www.foiresaintgermain.org

Réservations : 01 43 29 61 04

Cinquième Salon du théâtre et de l’édition théâtrale

Samedi 23 mais 2009, de 11 heures à 19 heures

Place Saint-Sulpice • Institut hongrois • 75006 Paris

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Rechercher