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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 22:33

Capri, c’est fini


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Toujours en quête de formes atypiques ou hybrides, le théâtre L’Élysée poursuit sa mission avec la présentation des « Lectroniques », projet inclassable et multiple, un avant-goût de l’incontournable festival musical les Nuits sonores, qui s’apprête à électriser la ville. Le but est ici de mêler théâtre, littérature, musique électronique et arts plastiques pour décloisonner les domaines. Avec pour atout son originalité, ce projet qui promettait d’être ambitieux nous conduit finalement vers un résultat quelque peu décevant.

À la manière d’un programme de concert, l’ouverture des portes nous a été annoncée pour 19 heures. Les habitués des lieux auront la joie de découvrir leur théâtre préféré sous un nouveau jour. En effet, on passe tout d’abord par le guichet, rarement utilisé, mais qui fonctionne ici tel un clin d’œil à l’histoire du lieu et à son passé de cinéma des années 1950. Puis on se fait tamponner le poignet comme pour une entrée en boîte de nuit. Une fois à l’intérieur, la surprise se poursuit puisque la scène devient pour l’occasion un salon confortable. Cette mise en espace transforme le plateau de L’Élysée en un lieu empli de tables, de chaises, de lampes aux formes rondes, un espace convivial et tamisé, propice aux rencontres et aux discussions avec un bar ouvert, nous dit-on « tout au long de la soirée »…

… Soirée qui se compose en trois temps : de la vidéo pour commencer sur fond de sonorités électroniques, suivie d’une performance, et pour clore le tout une exposition de photographies. En effet, le public se trouve immédiatement happé par un écran massif qui couvre un des pans de la salle. Une série d’animations y est projetée rappelant, coïncidence ou non, le visuel de Supreme Baloon du groupe de musique électronique Matmos. Des formes colorées se juxtaposent, s’emboîtent selon les principes du hasard ou des rencontres fortuites, donnant lieu à d’heureuses surprises comme le mentionne le titre du projet Serendipity. Ce visuel marche à la manière d’un set de VJing * ; distrayant, il permet une mise en valeur des morceaux colorés et subtils d’Electronica proposés au public.

les Lectroniques »

Puis arrive rapidement le moment où débute ce qui est copieusement intitulé « performance », sous le nom de Capri et moi. Deux individus, jusqu’alors mêlés au public, s’adonnent à une lecture à voix haute du texte de Philippe Fusaro. L’ambiance est celle d’une soirée à Capri, dans une atmosphère un peu lounge ** où les deux individus évoluent. Le premier est vêtu d’un ensemble blanc, tandis que la seconde arbore avec élégance une robe de soirée ainsi que des talons. Le couple constitue un ensemble assorti et « glamour » à souhait. Une heure leur suffira pour déverser tout un flot de références musicales allant de Nick Cave aux Stooges en passant par Tricky, David Bowie et beaucoup, beaucoup d’autres. C’est finalement une palette de célébrités qui évoluent dans cette Capri fantasmée, au gré des élucubrations mentales et états d’âme de nos deux personnages. Le tout sur un fond sonore rappelant l’ambiance d’une plage, fait de rythmiques, de rugosités électroniques et d’éclairages crépusculaires. Près d’une heure de lecture annoncée comme l’apogée de la soirée, mais qui paraît pourtant relativement longue : le bruit des vagues ne suffit hélas pas à faire entrer le public dans cet univers très référencé…

À l’issue de cette « performance », l’ambiance renaît peu à peu, et le public quelque peu assoupi retourne au bar ou monte sur la coursive de la salle pour observer enfin la subversive exposition de photographies Issitoc, tout en écoutant quelques morceaux, parmi lesquels on reconnaît le groupe Matmos (décidément…). Et, là, on ne peut que constater le caractère pornographique de ces quelques clichés relevant de l’esthétique X gay. Ces derniers sont judicieusement mêlés à tout un ensemble de portraits animaliers dessinés, créant ainsi des photomontages graphiques où le réalisme et la crudité des scènes côtoient avec humour le dessin.

Cette première édition des Lectroniques constitue ainsi un moment plutôt agréable et furieusement tendance. On en ressort satisfait de soi pour avoir su reconnaître les multiples références nommées parmi cette pléiade d’artistes, mais on est également un peu déçu par un ensemble où une certaine épaisseur semble faire défaut. 

Élise Ternat


* Désigne une animation visuelle projetée.

** Type d’atmosphère propre à certains bars d’ambiance et petits cabarets à la mode.


Les Lectroniques, 1re édition

www.leslectroniques.com

Capri et moi, performance

Mise en scène : Olivier Rey

Texte : Philippe Fusaro

Musique : Laurant Guerel

Avec : Carl Miclet, Marianne Pommier

Texte publié aux éditions La Fosse aux ours

Serendipty

Installation vidéo par Victor Taba

Issitoc

Exposition photo par Julien Ribeiro

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Réservations : 04 90 82 40 57

Du 18 au 20 mai 2009

Ouverture des portes à 19 heures

10 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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