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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 09:13

Débat ?


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Ce soir au café littéraire du Salon du théâtre, un débat a lieu sur le thème « Théâtre public, théâtre privé, de l’un à l’autre ». Je m’attends à des discussions enflammées et radicales, à de réelles prises de position, militant pour un théâtre exigeant, examinant sans concession ce qui se fait dans le public et ce qui se fait dans le privé. Mais est-ce la douce chaleur qui a pris Paris par surprise lui donnant des airs de belle des champs ? Est-ce la molle tiédeur qui engourdit le joli espace du café littéraire, posé au milieu du salon ? Sont-ce les bières trop chaudes de la buvette ? Je ne sais, mais de nonchalance en rondeur, c’est plus à un paisible état des lieux qu’à un débat que nous avons assisté.

Trois comédiens sont là : Loïc Corbery, de la Comédie-Française ; Christine Gagneux, comédienne et enseignante ; et Benjamin Egner, qui a longtemps travaillé avec Emmanuel Demarcy-Mota. Pour eux, dans l’ensemble, le discours est à peu près le même : pas de différence, ou peu, entre le public et le privé. Et surtout, en tant que comédiens, ils avouent ne jamais se poser la question en choisissant leurs spectacles. Il leur est plaisant de passer du privé au public, et l’essentiel demeure, dans les deux : les rencontres artistiques permises par les projets. Il leur semble qu’il n’y a pas de différences entre le public d’un côté ou le privé de l’autre. Ils reconnaissent néanmoins que le théâtre privé a parfois des impératifs économiques qui limitent son audace. Mais ces questions économiques sont malheureusement incontournables.

Sur l’estrade également, Jacques Baillon, directeur du Centre national du théâtre et Jean-Marie Besset, auteur-traducteur, osent des questions un peu plus polémiques. Jean-Marie Besset regrette tout d’abord désespérément que les auteurs contemporains français ne soient pas plus joués dans le théâtre public. Il soulève aussi le problème de la difficulté du théâtre français à créer ses propres « vedettes », c’est-à-dire des comédiens de théâtre qui attirent le public pour leurs seules qualités théâtrales. Il regrette que le passage par le one-man-show ou la télé soient nécessaires pour drainer un public nombreux. Pour cet écrivain, le théâtre français fait l’erreur de peu jouer ses propres auteurs tout en s’exportant mal. Il semble réellement inquiet par la question du devenir des auteurs contemporains français. Pour sa part, Jacques Baillon soutient dans l’ensemble les propos de M. Besset et pointe le manque de renouvellement du théâtre privé, du côté des auteurs comme de son fonctionnement global.

Peu de polémique, donc. Les questions n’ont été qu’effleurées, et c’est bien dommage. Car il semble que la différence, indubitable, entre le public et le privé, pose de vraies questions sur le paysage théâtral français, et qui réclameraient un approfondissement réel. Il n’est pas question ici de condamner l’un pour son élitisme et l’autre pour sa vulgarité, tombant ainsi dans les débats éventés sur ce sujet, et creusant un peu plus le fossé réel ou prétendu entre les images figées que l’on colle sur les deux parties. Mais il s’agit d’oser au moins regarder les choses comme elles sont, sans l’obligation d’y apporter des réponses mais avec la nécessité intellectuelle de poser les questions. Gageons que la suite du Salon donnera l’occasion d’entendre des débats un peu plus audacieux. 

Élise Noiraud


Salon du théâtre et de l’édition théâtrale

Entrée libre • de 10 heures à 19 heures

Foire Saint-Germain • place Saint-Sulpice • 75006 Paris

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