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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 23:34

Un émerveillement

face à une mystérieuse simplicité

 

Cela faisait longtemps que je n’avais vu une pièce destinée au jeune public d’une telle qualité. Ce genre d’entreprise pèche, malheureusement, trop souvent par excès de zèle tant dans les textes que dans la mise en scène. Le « Collectionneur d’instants », lui, est bien loin de ce genre de dérive. Adaptation du livre pour enfant éponyme de Quint Buchholtz, ce spectacle n’aborde pas de sujets complexes, tabous ou à vocation pédagogique. Mais il a l’intelligence de présenter, avec simplicité et beauté, ces instants fragiles qui font basculer le quotidien en « extra-ordinaire ». Alors, on ne peut que saluer Jacques Nichet pour ce récit qu’il nous offre, qui résonne en nous comme étrangement familier.

 

Sur scène, il n’y a presque rien. Seul est présent dans la pénombre de l’arrière-scène le portrait d’un enfant aux yeux fermés. Avant même que les lumières ne se baissent, Jacques Échantillon apparaît par la petite porte, celle de gauche, en contrebas de la scène. Jetant un regard pétillant d’émerveillement enfantin et avec la plus grande simplicité, ce narrateur commence alors à évoquer avec tendresse et émotion des souvenirs d’enfance.

 

Le vieil homme fait ressurgir des recoins de sa mémoire l’amitié et les moments passés dans l’atelier de son ami, peintre, habitant au dernier étage de son immeuble. Rattrapé par ses souvenirs, il partage avec nous leurs discussions empreintes de surréalisme et leurs moments gorgés de douceur et de rêverie. Ses mots surgissent doucement. Se laisser repeupler par les images tirées du passé prend du temps.

 

« le Collectionneur d’instants » | © Caroline Ablain

 

Dans ce voyage intime, les airs de violon qu’il interprétait dans cet atelier l’accompagnent et le guident. Et ces musiques, toujours adéquates, jamais superflues, l’entraînent toujours plus loin dans la mémoire qu’il évoque. Avec elle, et malgré le sentiment d’abandon provoqué par le départ précipité de son ami, il ne cesse de revenir sur la surprise et l’enchantement de ce fameux jour. Celui où il a pu, enfin, découvrir les peintures qui lui étaient jusque-là cachées.

 

Entièrement dédiée au récit qui nous est conté, la scénographie participe à donner une dimension initiatique à ce joli conte sur l’amitié. Épurée, elle évoque avec justesse le désarroi laissé par le départ d’un proche. Quand tout a disparu autour du petit garçon, seuls sa mémoire et ses rêves demeurent. Ainsi, l’esthétique sobre de ce spectacle donne la part belle à l’imagination de chacun. À cet égard, les rares objets manipulés par le comédien n’illustrent jamais son histoire, mais provoquent ses souvenirs. Comme par magie, la couleur d’un verre posé sur une table rappelle un camion de déménagement, tandis qu’une autre réanime la vision du fauteuil de velours rouge sur lequel le jeune garçon s’installait.

 

L’interprétation de Jacques Échantillon est un délice. Il nous entraîne par le plaisir qu’il prend à incarner ce narrateur poétique. Au final, son énergie et ses paroles, relayées par la musique de Malik Richeux, nous offrent un récit d’une mystérieuse simplicité. Pourtant, presque à contrecœur, je dois avouer qu’on peut se demander si la projection finale des peintures n’amenuise pas les efforts déployés par ces interprètes. En effet, pendant une heure, chacun se construit sa propre interprétation de l’histoire et des œuvres peintes. Mais, à mes yeux, la qualité et la discrète animation vidéo des toiles dévoilées suffisent à dissiper ces interrogations. Je suis même forcée d’admettre que leur douce touche de surréalisme m’a rendue, un instant, mes yeux d’enfant. 

 

Maud Dubief

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Collectionneur d’instants, de Quint Buchholtz

Texte et illustrations : Quint Buchholtz

Texte français : Bernard Friot

Mise en scène : Jacques Nichet

Assistants à la mise en scène : Stéphane Facco, Aurélia Guillet

Avec : Jacques Échantillon, Malik Richeux

Musique : Malik Richeux

Scénographie : Philippe Marioge

Images : Mathilde Germi

Production des images : Christian Guillon

Lumières : Paul Beaureilles

Son : Bernard Vallery

Costumes : Nathalie Trouvé

Théâtre de la Commune • 2, rue Édouard-Poisson • 93304 Aubervilliers

www.theatredelacommune.com

Réservations : 01 48 33 16 16

Du 5 au 7 mai 2009 à 14 heures, mardi et mercredi à 20 h 30

Les 14 et 15 mai à Foix

Durée : 1 heure

22 € | 16 € | 11 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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