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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 19:35

Intrigant


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Caché au fond d’une cour boulevard de Charonne, Confluences, également appelé Maison des arts urbains, fait la part belle aux mélanges. Ce soir-là, donc, étant venue voir un spectacle théâtral, j’ai aussi pu apprécier (prenez une grande inspiration) une exposition de photos sur la traite des femmes nigérianes en Italie, un concert de chants italiens rondement mené par une chef énergique, et un bel étal de livres liés de près ou de loin au sujet de la femme et de la féminité. Ouf ! Voilà un lieu à l’effervescence certaine, dont le foisonnement aiguise ma curiosité. Et mon intérêt est demeuré vivement en éveil à l’égard de « Fantaisies », que je suis venue voir ce soir.

Le noir envahit la salle, et une voix résonne. La voix d’une femme. On n’y prête pas vraiment attention, convaincus que c’est la voix classique qui nous souhaitera une bonne soirée, puis nous conseillera d’éteindre nos téléphones portables. Mais soudain quelque chose grince, déraille. Est-ce une malice dans le ton ? Est-ce un sourire dans les mots ? Est-ce son discours qui s’allonge au-delà du temps normalement imparti à ces informations habituelles ? Le temps qu’on s’en rende compte, la voix est déjà en train de nous dire que nos portables peuvent rester allumés, qu’on ne doit pas hésiter à y répondre, que, pour sa part, entre les gastros à répétition de sa fille et les mille complexités de la vie, elle n’a pu répéter ce spectacle que quatre jours. Hésitant entre rire et doute, je me laisse porter, ravie à la perspective du culot qui semble flotter au-dessus de ce spectacle.

Culot, oui. Carole Thibault n’a pas peur. Elle ose. Elle essaye. Et, surtout, elle cherche. Et quelles que soient les limites de Fantaisies, cet « esprit d’aventure » en fait l’un des spectacles les plus audacieux que j’ai vus depuis un moment. Une audace qui intrigue, autant qu’elle peut parfois laisser dubitatif. Mais qui a le mérite de faire réagir. L’auteur-interprète-metteur en scène cherche, donc, ce qui se cache derrière les mécanismes de définition du féminin. Qu’y-a-t-il derrière la notion de femme idéale ? Quelles représentations, quelles failles, quels idéaux, quels ridicules sous-tendent ce concept abstrait et pourtant omniprésent ? Avec délicatesse, humour, violence, patience, Carole Thibault tisse une toile de sens, foisonnante mais pourtant cohérente.

Le dispositif scénique, plateau noir habillé de miroirs et de faibles lumières, permet de faire émerger ces sens, ces images. Différents espaces d’où la femme apparaît, éclôt, affleure, se regarde, nous regarde. Se cherche. Néanmoins, on regrette parfois que la faible luminosité empêche de tout voir, tout suivre. Certaines significations nous demeurent codées, cachées, car tout simplement non lisibles. L’univers proposé par Carole Thibault, évoquant l’intra-utérin, est celui d’une intimité nécessaire à l’investigation qui est la sienne. Mais cette nécessité lui fait parfois quitter une théâtralité pourtant indispensable. De la même façon, le processus de recherche corporelle menée par la comédienne, s’il intrigue et intéresse, rompt parfois le contact entre la scène et la salle. Si on aime toujours son intransigeance, on regrette parfois son hermétisme. Paradoxe insoluble. Et ce n’est pas si grave. 

Élise Noiraud


Fantaisies, de Carole Thibault

Compagnie Sambre • B.P. 15 • avenue du Mesnil • 95471 Fosses cedex

www.compagniesambre.org

Mise en scène et interpétation : Carole Thibault

Travail sur le corps : Philippe Ménard

Lumières : Didier Brun, Julien Barbazin

Décors : Yves Cohen

Création sonore : Pascale Bricard

Avec la participation de Fanny Zeller

Confluences • 190, boulevard de Charonne • 75020 Paris

Réservations : 01 40 24 16 46

Du 29 avril au 9 mai 2009 à 20 h 30

Durée : 1 h 10

13 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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