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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
La pauvreté en coffret, option fleur d’oranger
La dame derrière moi n’aura cessé de s’exclamer. « Oh, là là… ! », « oh ben, dis donc ! », « oh, mon Dieu… ! », « oh ben, ça… », « oh, c’est pas vrai ! ». Eh oui ! Car la vie de Jbara, petite bergère des montagnes devenue pute puis femme d’imam, ne manque ni de surprises ni de mots osés. De quoi choquer la bourgeoise. Chronique d’une soirée où la France bien-pensante se réunit devant un cliché de la pauvreté maghrébine. Les Arabes… comme on les imagine : bergers pauvres, sales, incultes, ou cheikhs richissimes, dégueulasses et proxénètes. Une soirée faussement choc, faussement politique, faussement sincère. Que j’aurais quitté la nausée au ventre si la belle lumière brillant dans les yeux de la magnifique Alice Belaïdi ne m’avait rattrapée.
Je comprends les enjeux. Je comprends le sens. Je comprends l’envie. Je ne la blâme pas. Je ne suis tout simplement pas d’accord avec le texte. Car le problème de ce spectacle, c’est son texte. La mise en scène est efficace. La comédienne rayonne. Mais le texte m’a vraiment donné envie de vomir. Je ne suis pas d’accord avec la gratuité. Pas d’accord avec les mots crus quand ils ne servent rien d’autre qu’un désir de choquer pour choquer. De foutre le nez dans la merde de la misère parce que c’est là qu’on va en sentir le frisson, nous qui ne savons pas ce que c’est. Pas d’accord qu’on m’enlève mon rôle de spectatrice pensante, en m’imposant de l’émotion puante et aussi fausse que les émotions factices livrées par la télé tous les jours.
« Confidences à Allah » | © Manuel Pascual
Factice, oui, car l’histoire inventée par Saphia Azzedine, c’est comme une sorte de coffret cadeau au packaging idéal, inventé par des professionnels du marketing aux intentions peu scrupuleuses. Le coffret « pauvre petite bergère du Maroc, avec des bonus sexe, des extras violence, et qui fait beaucoup réfléchir ». Un coffret qu’on ouvre un soir où on a bien chaud dans sa grande maison bourgeoise, où la cheminée crépite, où le rôti sent bon dans le four, où la femme de chambre vient de nettoyer la salle de bain des invités. Un coffret au contact duquel on vient s’encanailler, s’ouvrir à une réalité sociale lointaine mais « tellement bouleversante ». Moins fatigant que de lire le Courrier international, moins puant que l’odeur de Barbès, moins salissant que de parler à un clodo dans la rue. La pauvreté est bien triste, mais qu’elle reste où elle est, n’est-ce-pas ? En tout cas, un bon nombre de belles dames aux cheveux bien propres et aux noms à particule pourront dire à leurs amis : « J’ai vu un spectacle for-mi-dable ». Vivement que ce soit programmé à Saint-Germain-en-Laye.
Bref, ma colère se concentre sur le texte, et c’est bien dommage, car la perle de ce spectacle, c’est tout de même Alice Belaïdi. Une comédienne superbe. La lumière allumée dans ses yeux emporte l’histoire de Jbara bien plus loin que là où son auteur ne l’aurait entraînée. C’est un monde d’enfance, de joie, de sincérité, d’humanité que cette fille-là. La direction de Gérard Gelas la guide dans de très beaux endroits, où subsistent la vie, le vrai, l’humain. La façon de nous raconter cette histoire est touchante, juste, tant du point de vue du jeu que de la mise en scène. Mais je ne peux malheureusement pas faire l’impasse sur l’histoire elle-même. Peut-être que je me trompe. Je préférerais. Il sera certainement plus simple de me cataloguer dans la catégorie de « ceux qui ont été trop choqués par un texte aussi cru ». Je ne chercherai pas à entrer dans ce débat, qui ne m’intéresse pas. Je me contenterai de dire que ce n’est pas la crudité des mots de Jbara qui m’a mise mal à l’aise ce soir-là. ¶
Élise Noiraud
Les Trois Coups
Voir aussi la critique de Laurie Thinot pour les Trois Coups
Confidences à Allah, de Saphia Azzedine
Mise en scène, scénographie et lumières : Gérard Gelas
Avec : Alice Belaïdi
Petit Montparnasse • 31, rue de la Gaîté • 75014 Paris
Réservations : 01 43 22 83 04
Du 17 avril au 10 mai 2009 du mardi au samedi à 18 h 30, le dimanche à 17 h 30
Durée : 1 h 20
29 € | 17 €
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Je suis par ailleurs tout à fait d'accord en ce qui concerne la mise en scène et l'actrice, qui sert à merveille le role!!
Bravo à cette pièce!