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2 juillet 2003 3 02 /07 /juillet /2003 20:00

14 raisons de jouer
ou de ne pas jouer, je me tâte

Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


À J-6 d’Avignon

14 raisons de jouer

1) C’est un besoin impérieux, ce n’est pas un travail, mais une passion.

2) La pièce que je joue évoque le thème vivre courbé vivre à genoux ? ou vivre debout ? C’est un peu le sujet du débat.

3) Le poète n’a pas le droit de grève. Est-ce que les plantes se suicident ?

4) En ne jouant pas, je me punis moi-même et je suicide mon existence.

5) Il y a Muguette qui vient le premier jour, elle vient pour nous, quelle déception cela serait pour elle !

6) Souvent la pièce raconte plus de choses qu’une poignée de comédiens expliquant leurs 507 heures.

7) Cela ne sert à rien de ne pas jouer, ce gouvernement est en désamour avec ses artistes, il souhaite ardemment notre disparition. Nous ferions son jeu.

8) Jesse Owens a couru à Berlin en 1936, c’est Hitler qui a dû sortir pour ne pas lui remettre sa médaille d’or.

Nous sommes à Raffarin ce que Jesse Owens était à Hitler.

9) Tu es plus militant en jouant qu’en te taisant.

10) Le MEDEF me rappelle mon père. À quoi cela sert un métier qui ne rapporte pas ? disait-il. Nous sommes une injure à la logique de marché, nous devrions mourir et disparaître.

Jouer, c’est affirmer sa vitalité.

11) Économiquement, si nous ne jouons pas, nous tuons le Théâtre de l’Unité.

Tous les frais sont déjà payés, jouer c’est se donner une chance de rejouer ailleurs.

12) Pour moi, Terezin, c’est vraiment une pièce-cri, un éloge de la vie, et j’admire ces gens qui dans le camp ont continué de jouer comme un défi aux nazis. Je jouerai dans la tourmente.

13) Humainement, être descendu à Avignon avec décor et bagages, et ne pas affronter le public, c’est un coup à se déclencher un cancer, j’ai déjà mal à mon corps à cette idée.

14) J’ai décidé de ne rien décider, c’est la décision qui va me prendre.

14 raisons de ne pas jouer

1) Je ne veux pas faire partie des jaunes.

2) Pendant l’Occupation, les théâtres n’ont pas trop résisté, il n’y a pas de quoi être fiers.

3) C’est le moment où jamais de prouver que j’aurais été un résistant.

4) En étant In et Off réunis à ne pas jouer, nous fabriquerions l’évènement du siècle. Avignon, ville morte, ce serait un spectacle en soi.

5) Nous montrons qu’avec notre précarité nous sommes capables de jeter par terre non seulement la ville d’Avignon, mais tout le Comtat Venaissin…

6) Tous les progrès de l’humanité ont toujours été arrachés par la violence, ce n’est pas en courbant l’échine que l’on avance.

7) Nous devons montrer l’exemple aux jeunes d’une résistance sans précédent à un gouvernement qui se prend pour le Front national.

8) Ne pas jouer, c’est se tuer, donc je serai enfin un héros de la résistance théâtrale des années 2003. Mort sur le Front, contre le Front.

9) Aujourd’hui, faire de l’art, c’est faire de l’image pour les médias, seule une mauvaise image pourra écorner le gouvernement. Là, il va en prendre un sacré coup.

10) C’est beau de voir enfin le peuple des artistes bien droit, bien en colère. Nous sortons d’une léthargie de plus de vingt ans.

11) Ne pas jouer, c’est jouer. Le spectacle sera permanent. Le 14 juillet, nous attaquerons le palais des Papes, pour en faire le lieu d’un forum permanent.

12) Il faut savoir faire reposer la machine. Arrêter Avignon, c’est faire une pause pour réfléchir.

13) La grève des acteurs de Prague avait provoqué la Révolution de velours.

14) Être artiste, c’est faire des choses inattendues et pas évidentes.

Jacques Livchine, Théâtre de l’Unité, 2 juillet 2003

Recueilli par

Vincent Cambier

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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