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10 juillet 2003 4 10 /07 /juillet /2003 19:59

Lettre au public

 

Nous, artistes, chanteurs, musiciens, danseurs, techniciens du son, de la lumière, machinistes, accessoiristes, costumiers, maquilleurs, perruquiers, tapissiers, constructeurs, réalisateurs, cadreurs, etc., appartenons à la famille du spectacle vivant. Notre devoir, notre désir, est de vous divertir ou de vous émouvoir, mais surtout de contribuer à l’éveil des consciences.

 

Aujourd’hui, il nous faut vous informer. C’est dans la douleur, dans le déchirement et dans la peine que nous nous adressons à vous.

 

Nous avons des métiers particuliers qui nous demandent beaucoup de temps de préparation, et il faut que chacun comprenne que, pour une heure de spectacle, l’écriture, les recherches de financement, les répétitions, le montage ne sont bien souvent pas payés. C’est là notre lot, et nous nous employons, chaque fois que nous le pouvons, à rémunérer ces labeurs. Si nous n’en avons pas la possibilité en bénéficiant du régime de l’intermittence, nous ne pourrons plus, grâce à ces fonds, continuer à vivre, à réfléchir, à créer.

 

Comprenez bien que nous sommes souvent à l’origine de nos emplois ; en mettant sur pied nos projets, nous créons d’autres emplois : interprètes, équipes techniques, créateurs qui sauront habiller de leur savoir-faire ce qui devient une réalisation collective. Nous générons une économie considérable, que le gouvernement ne prend volontairement pas en compte, en se basant uniquement sur le calcul de l’indemnisation et du déficit qui en découle.

 

On a oublié cela dans la balance : nous générons une économie considérable puisque non seulement nous faisons appel à un grand nombre de métiers, mais aussi nous collaborons étroitement avec les commerçants et les entreprises qui nous fournissent notre matière première.

 

Si la réforme du 26 juin est ratifiée, ce ne sont pas seulement les hommes et les femmes de l’art et de la culture que l’on tentera d’assassiner, mais toute une économie. Et c’est vous, public, que l’on méprise.

 

Non seulement 40 à 80 % d’entre nous ne pourront plus exercer leur métier, mais les autres n’auront plus la possibilité de vous offrir des spectacles ou des concerts de qualité. Pressés par la « course aux cachets », nous n’aurons plus le temps de vous offrir ce qui fait aujourd’hui notre singularité, ce qui pour nous est l’essence même de notre art. Ce conflit nous prend en otages ; on veut nous bâillonner, mais vous qui venez nous voir, qui vous attendrissez, riez, voyagez, nous soutenez par votre présence et par vos réflexions, ce combat vous concerne en premier lieu… C’est aussi vous que l’on méprise en frappant l’art et la culture, en vous privant de spectacles de qualité. C’est à votre intelligence, à l’éducation de vos enfants, à votre conscience que l’on attente. Pourquoi ? Que se cache-t-il derrière tout cela ?

 

Nous nous sentons le devoir de vous informer, et estimons que vous avez, vous aussi, un rôle à jouer, un droit de parole, et c’est également pour cette raison que vous devez vous exprimer et soutenir un régime d’indemnisation compensatoire propre à la France, à sa culture et à son originalité.

 

Nous sommes avec vous. Soyez avec nous. Ensemble.

 

Marine Berthomé, éclairagiste et Christophe Luthringer, metteur en scène.

Compagnie Les Enfants de la gondole, Théâtre du Bourg-Neuf, Avignon Off 2003.

 

Recueilli par

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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