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12 juillet 2003 6 12 /07 /juillet /2003 19:09

Le réveille-matin
de nos consciences


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Philippe Beheydt, la vigie de nos haines.

theatre2-reduit-copie-2.jpg

On se croirait chez Buzzati, celui du Désert des Tartares, ou dans la chanson de Jacques Brel, celle du « fort de Belonzio qui domine la plaine d’où l’ennemi viendra, qui me fera héros »…

Au trou du cul du monde, un fortin barricadé. Depuis longtemps, trop longtemps, cinq combattants attendent l’ennemi. Olan, Télem, Ydlaf, Gurban et Hilal attendent. Attendent. Ça devient insupportable. La souffrance affleure.

Le jeune Philippe Beheydt a une vision très mature de la nature humaine. Il traque nos bassesses, ôte les masques, fouille les recoins, débusque les planques de nos cœurs. Il gratte là où ça purule, et profite de cet espace théâtral qu’il a intelligemment construit, parole après parole, pour faire sortir le pus. Il décrit le monde tel qu’il hait, mais il met au jour nos beautés aussi. Pour les heures noires où on n’y croit plus. Le tout dans les feulements et les rugissements d’une langue rugueuse, jouissivement dramatique.

La mise en scène fluide, efficace, « évidente » est en parfaite adéquation avec le propos.

Mais l’autre grand intérêt de Sentinelle, c’est la troupe de jeunes et beaux comédiens. Ils apportent une incroyable fraîcheur à des rôles âpres, râpeux, violents.

Sylvia Bruyant module une Télem forte en gueule pour mieux masquer sa fragilité de petite fille fracassée. Hervé Cornu incarne Olan, son presque alter ego masculin, à la belle virilité bafouée, crucifié par tant d’amour emmuré. Vincent Dos Reis nous partage Gurban, petit frère du Lenny de Des souris et des hommes, du brouillard dans la tête, au cœur aussi gros que sa carcasse, déchirant dans son affection maternelle mutilée. Claire Grimbert nous attire vers Hilal, petit oiseau blessé tombé du nid, perdu dans ce monde impitoyable. Joseph Lullien, le plus surprenant peut-être, le plus impressionnant sans doute, nous impose Ydlaf, roc cristallisé par un secret insondable, mais rempart d’empathie et d’amour, sentinelle de nos haines, réveille-matin de nos consciences.

Bref, un texte et des comédiens qu’on a plaisir à prendre en pleine poire. C’est ça le théâtre vivant, c’est exactement ça ! 

Vincent Cambier


Sentinelle, de et mis en scène par Philippe Beheydt

Compagnie Cavalcade | 06 10 65 65 50

Assistante à la mise en scène : Marine Molard

Création costumes : Anne Blanchard

Réalisation des décors : Nicolas Lullien

Créateur lumières : Marc Cixous

La Manufacture • 2, rue des Écoles • Avignon

À 16 h 45 (1 h 20)

04 90 85 12 71

Tarifs : 13 € | 9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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