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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 01:51

Aridité et luxuriance


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Le Théâtre du Lierre, au beau milieu du paysage ultra-urbain du treizième arrondissement, entre tours et grues, est un bien bel endroit. Cet ancien hangar de réparation des locomotives de la S.N.C.F. est devenu un théâtre lumineux, aéré, spacieux. Son architecture respectueuse de ces origines industrielles lui confère un charme et une « âme » à part. Bref, ici, on se sent bien. C’est le directeur et fondateur du lieu, Farid Paya, qui dirige le nouveau spectacle de la compagnie : « Noces de sang ». Il puise dans l’écriture de García Lorca une vibration scénique chaude et puissante et nous propose un spectacle plutôt réussi, qui, malgré certaines longueurs, force l’intérêt et la curiosité.

Les Noces de sang, c’est l’histoire d’un mariage qui tourne mal. Sous le chaud soleil de l’Andalousie, deux jeunes gens doivent s’unir, accompagnés de la bénédiction des deux familles, sensibles aux avantages que cet union peut leur apporter. Mariage apparemment d’amour qui, pourtant, tourne au drame, lorsque la fiancée indécise quitte la noce pour fuir avec un ancien amant. Le jeune époux poursuit les deux fugitifs, les deux rivaux s’entretuent, et la mariée reste seule. La douleur accusatoire de celle qui aurait dû être sa belle-mère, et a perdu ici son dernier fils, clôt cette saga à la trame simple mais au souffle incandescent.

Le personnage absent mais néanmoins inévitable, c’est ce souffle. Cette chaleur. Ce soleil écrasant qui réveille les passions. Cette Andalousie dure et généreuse à la fois, mère des cailloux arides comme des fleurs d’oranger. À cet égard, la mise en scène de Farid Paya sait globalement bien amener sur le plateau cette pulsation presque organique. C’est un frisson, une exaltation, une haleine chaude et profonde qui se manifeste par le chant, par la plainte, par la danse, par la nuit. Par le bruit des pas qui martèlent le bois du plancher. Par la douceur de ce visage de jeune mariée encadrée d’une couronne de fleurs. Par le son grave et puissant du violoncelle qui accompagne les comédiens.

« Noces de sang » | © Agathe Poupeney

Des comédiens aux corps disponibles et déliés, qui vont au bout de leurs propositions. Si l’on est parfois dubitatif sur leur ligne de jeu, on ne peut qu’admirer l’engagement corporel qui est le leur. Ce sont tantôt des marionnettes, tantôt des danseurs, tantôt des voix, dont le son semble venir du sol lui-même. Marion Denys, la fiancée, lumineuse et légère, semble danser au-dessus du plateau. Martine Midoux, pleine d’une humble simplicité, dessine un personnage très émouvant de femme bafouée mais digne. Antonia Bosco, dans le rôle de la mère, est époustouflante. Totalement impliquée, elle n’est qu’une longue plainte. Mais une plainte bouleversante. Difficile de jouer la douleur sans geindre indéfiniment. Sa diction impeccable et la profondeur de son jeu range indubitablement son personnage du côté des héroïnes tragiques. Le mot est mangé, mâché, respiré, il vient du ventre, tout comme son chant. Alors, on ne peut qu’écouter et recevoir avec délice la beauté de son cri.

Dans l’ensemble, donc, la direction de Farid Paya est efficace et nous absorbe. Et ouvre à des formes d’expression scénique assez originales. Néanmoins, certains moments relativement hermétiques empêchent d’entrer pleinement dans le spectacle. Peut-être était-ce dû à la première, mais l’ensemble m’a paru manquer de souplesse, certains choix demeurant plaqués et non pleinement intégrés par les comédiens. Ainsi, la façon de monter sur l’estrade durant le premier acte en signifiant très clairement la transformation corporelle (du comédien au personnage) m’a parue plus explicative que réellement juste. Par ailleurs, le dernier acte, dans la forêt, demeure assez abscons du fait de l’obscurité qui s’éternise sur le plateau et du manque de chair des personnages nocturnes : ils sont poétiques, certes, mais on s’ennuie.

Dans l’ensemble, je demeure frappée par les très belles images scéniques que ce spectacle propose. Il y a là « quelque chose »… J’espère que la suite des représentations dissipera mes quelques réserves et verra le rythme global se mettre au diapason des très bons choix dont Noces de Sang ne manque pas. 

Élise Noiraud


Noces de sang, de Federico García Lorca

Compagnie du Lierre

www.letheatredulierre.com

Mise en scène : Farid Paya

Assistant mise en scène : Joseph Di Mora

Avec : Aloual, Antonia Bosco, Guillaume Caubel, Isabelle Chevallier, Marion Denys, Rosaline Deslauriers, Yanis Desroc, Sonia Erhard, Patrice Gallet, Marc Lauras, Martine Midoux, Sowila Taïbi, David Weiss

Collaboration à la dramaturgie : Aloual

Musique : Marc Lauras

Scénographie : Farid Paya

Lumières : Thierry Meulle

Création costumes : Évelyne Guillin

Costumières : Pascale Paume, Marie Bramsen

Assistées de : Oriane Fauvel, Émeline Germon, Élise Baldi, Abigaël Lordon, Tiphaine Massot

Coiffes : Yuki Yaoko

Maquillage : Michèle Bernet

Théâtre du Lierre • 22, rue Chevaleret • 75013 Paris

Réservations : 01 45 86 55 83

Du 29 avril au 17 mai 2009 les mercredi et samedi à 20 h 30, les jeudi, vendredi et samedi à 19 h 30, le dimanche à 15 heures

Durée : 2 heures

20 € | 15 € | 12 € | 10 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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