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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 13:48

Du vaudeville interprété avec tact et goût

 

Réputé pour son imbroglio de quiproquos inextricables et burlesques, le vaudeville n’en reste pas moins, finalement, un genre littéraire mal connu de nos contemporains. Si peu considéré des gens de lettres, au désespoir de Labiche lui même, mais à la fois poésie et composition dramatique, le vaudeville a su traverser les époques et évoluer avec le temps. C’est ainsi qu’en 1852, lorsque Eugène Labiche achève son « Misanthrope et l’Auvergnat », le vaudeville est encore au sens premier du terme une « pièce de théâtre en chansons ». Et c’est bien exactement comme cela que La Boîte du souffleur entend nous faire redécouvrir ce dramaturge admis à la Comédie-Française bien trop longtemps après sa disparition.

 

Dès l’ouverture du rideau rouge de ce ravissant petit théâtre, le décor est planté : costumes d’époque xixe siècle, piano, batterie et chanson mutine nous donnent le ton. Un ton léger, fantaisiste et presque insolent, qui n’est autre que le reflet du bourgeois qui vit dans cette maison. D’un air imbu de son intégrité, M. Chiffonnet, caricature du nanti jamais satisfait, nous confie sa méfiance des hommes et de tous leurs petits défauts qui font leur humanité. Parmi ceux-là, s’il y en a bien un que notre misanthrope exècre, c’est celui du « mensonge, [du] vol et [de] la fourberie » qu’il croit voir partout. Aussi est-il très surpris lorsqu’il rencontre un homme – auvergnat – droit et sincère. Mais à trop traquer la vérité, Chiffonnet ne serait-il pas en train de nous montrer son vrai visage, empreint d’hypocrisie et d’imposture ? Ainsi, se joue devant nos yeux amusés le Misanthrope et l’Auvergnat ou « quand l’apparence des bonnes manières n’est qu’un trompe-l’œil ridicule, désarmé par l’innocente vérité ».

 

S’il est vrai qu’à notre époque les vaudevilles de Courteline, Feydeau, et plus encore de Labiche, peuvent nous laisser une impression désuète, c’est parce que, bien souvent, ils ne nous sont pas restitués dans toute leur finesse. Et c’est précisément ce que l’équipe de la compagnie La Boîte du souffleur semble avoir sensiblement perçu.

 

« le Misanthrope et l’Auvergnat » | © Pierre Dolzani 

 

« Sensible », dans tout ce méli-mélo d’intrigues, est ce qui transparaît indéniablement derrière chaque mot, chaque geste, chaque note de cette représentation. Le parti pris y est juste et honnête. Honnête, cela paraît étrange de dire cela, mais c’est le cas ici. Car, enfin, il est certain que cette fois-ci on n’a pas choisi un vaudeville pour soutirer les rires à un public difficile, mais bel et bien pour le toucher, le toucher dans son cœur, dans son humanité. Parce qu’il ne faut pas l’oublier, et parce que cette belle équipe d’artistes ne le sait que trop bien, le vaudeville, c’est aussi et surtout cela : un trait d’humanité dépeint avec fantaisie, poésie et légèreté. De la poésie dans du vaudeville, me direz-vous ? Eh bien, oui ! Quelle plaisir, quelle douce sensation, quelle joie que de rire, mais aussi de respirer, de sentir, de s’attendrir en rythme, avec autre chose que les mécaniques classiques du ressort comique !

 

Là où beaucoup font le choix de « l’adapation » ou de « la coupe » d’un texte alors qualifié à tort de « vieillot », nos jeunes artistes ont, eux, fait le pari audacieux – finalement, l’audace est dans la simplicité – de nous livrer l’œuvre telle qu’elle a été pensée à l’origine. C’est-à-dire que les morceaux chantés, faisant eux aussi partie intégrante de l’intrigue, ont été mis en musique et sont interprétés par les personnages comme initialement prévu.

 

Mais le talent de cette jeune troupe ne s’arrête pas à un joli choix de textes et de chansons ni à un parti pris courageux et scrupuleux. Le succès de ce spectacle tient également à cette rigueur et cette précision du jeu, auxquelles notre belle équipe a travaillé avec tout son sérieux. Et le résultat est là : des chansons, élégamment choisies, en rythme et mélodieuses ; une comédie enjouée et légère, interprétée avec tact et goût. Une fois n’est pas coutume, il nous est donné à voir un véritable vaudeville dans toutes les règles de l’art, plébiscité par un large public qui ne s’y trompe pas ! 

 

Angèle Lemort

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Misanthrope et l’Auvergnat, d’Eugène Labiche

Cie La Boîte du souffleur • 24, rue du Hameau • 94240 L’Haÿ-les-Roses

01 48 03 00 65

laboitedusouffleur@yahoo.fr

Mise en scène : Jean Barlerin et Chrystèle Lequiller

Avec : Laure Duffrechou, Florent Favier, Jean-Christophe Frèche, Elsa Furtado, Manon Gilbert, François Pérache, Hugo Sablic

Composition musicale : Manon Gilbert et Hugo Sablic

Diffusion : Jean Barlerin et Chrystèle Lequiller

À la folie Théâtre • 6, rue de la Folie-Méricourt • 75011 Paris

Réservations : 01 43 55 14 80

Du 12 mars au 3 mai 2000 les jeudi, vendredi, samedi à 20 h 30, le dimanche à 16 h 30

Durée : 1 h 10

20 € | 15 €

– 17 mars 2010 au 17 juin 2010 à l’Essaion Théâtre à Paris (mercredis et jeudis à 20 heures)

– à Avignon, du 8 au 31 juillet 2010 à 18 h 30 à l’espace Roseau.

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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