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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 22:08

Un Feydeau qui enthousiasme


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Voir un Feydeau est une expérience à ne pas rater. Qui plus est, la mise en scène de Jean-François Sivadier est une réussite. Elle retranscrit à merveille ce théâtre de mouvement, ce divertissement magistral et dynamique.

L’intrigue serait, a posteriori, quasi impossible à résumer. Pourtant, aucun instant de doute ou d’ennui ne nous atteint au cours des trois heures trente de spectacle. On reste en haleine tout au long de ces intrigues faites de travestissements, de faux-semblants et de quiproquos extravagants. Il faut saluer la manière dont les comédiens vont, dès les premiers instants, prendre en compte le public et l’intégrer à l’intrigue. Ces interactions ponctuelles viennent bousculer l’écriture très directive de Feydeau, et offrent quelques savoureux espaces d’improvisation.

Dans un ballet de portes qui claquent, d’entrées et de sorties millimétrées, on observe avec jubilation le Dr Petypon s’enfoncer toujours plus dans son insoluble mensonge. D’une situation à la fois triviale et basique va naître un crescendo de rebondissements plus ahurissants les uns que les autres. Pour ne pas contrarier le Général, un oncle à héritage au caractère bien trempé, un homme marié se voit contraint de faire passer pour son épouse la Môme Crevette, une danseuse du Moulin-Rouge avec laquelle il a passé la nuit.

Le décor initial est lézardé de cordages, comme un voilier s’apprêtant à subir quantité de vents contraires, les meubles sont renversés, des chaises sont empilées : tous les signes sont réunis pour annoncer un bouleversement. L’espace de jeu est parsemé de portes, aussi bien sur les côtés qu’au centre de la scène. Certaines entrées ont même lieu à partir de l’espace spectateurs. L’intrigue repose avant tout sur ces nombreuses entrées et sorties de convention, mais la multiplication des lieux de passage donne aussi un aspect étouffant à l’espace scénique. Encerclés de toutes parts, les protagonistes sont acculés à la mystification constante et la tension montera ainsi jusqu’à l’absurde.

« la Dame de chez Maxim » | © Brigitte Enguérand

Le décor se transformera par la suite en lieu de réception, où les différents invités se concurrenceront en ridicule dans des toilettes aussi grandiloquentes que leur mondanité est poussée à son paroxysme. Sous couvert de se plier aux dernières modes de Paris, les femmes adoptent des attitudes grotesques, prenant la Môme Crevette pour un symbole de l’élégance parisienne. La danseuse de cabaret devient le point convergent de toutes les envies, qu’elles soient tournées vers l’admiration vaguement jalouse des femmes, ou vers le désir charnel des hommes.

La jeune femme se prête au jeu et entraîne tout ce petit monde dans des codes qui lui sont propres. Elle communique à tous son univers loufoque, s’improvisant meneuse de revue dans un salon bourgeois de province, parvenant à transformer ce lieu de conventions et de bonnes mœurs en cabaret. Norah Krief, l’interprète, insuffle toute la gouaille et la désinvolture nécessaire au rôle. Le passage où elle improvise une chanson grivoise devant son auditoire admiratif est d’ailleurs particulièrement hilarant. Les codes bourgeois, la superficialité des rapports, l’absence de discernement sont ironiquement décortiqués. Rien n’est franchement dénoncé ou contesté, mais tout est prétexte à rire.

Au final, il aura suffi de donner à une femme un nom qui ne lui correspond pas pour conduire à un crescendo de quiproquos. Et c’est avec ferveur que tout le monde se fourvoie. La première chose dite étant ici considérée comme la vérité, le moindre élément qui viendrait mettre en doute cette fragile croyance serait aussitôt nié comme une absurdité. On assiste donc aux réactions de personnages qui font fi des apparences trompeuses et qui se laissent guider, non par la logique, mais par la croyance en cette première parole qui leur a été énoncée. Et on peut se demander si cette manière d’agir est uniquement propre à la pièce de Feydeau. Quand le divertissement finit par ouvrir une brèche vers un questionnement ontologique… 

Aurore Krol


La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau

Mise en scène : Jean-François Sivadier

Avec : Nicolas Bouchaud (Lucien Petypon), Cécile Bouillot (un livreur, une femme, Mme Vidauban), Stephen Butel (Mongicourt, Chamerot, M. Tournoy), Raoul Fernandez (Marollier, l’Abbé), Corinne Fischer (Étienne, Clémentine Bourré), Norah Krief (la Môme Crevette), Nicolas Lê-quang (le Lieutenant Corignon, un homme, M. Sauvarel, Mme Tournoy), Catherine Morlot (un livreur, la Duchesse de Valmonté), Gilles Privat (le Général Petypon du Grêlé), Anne de Queiroz (un livreur, Mme Hautignol, Mme Sauvarel), Nadia Vonderheyden (Gabrielle Petypon), Rachid Zanouda (le Balayeur, le Duc de Valmonté), Jean-Jacques Beaudouin (Varlin), Christian Tirolé (Émile)

Scénographie : Daniel Jeanneteau, Jean-François Sivadier, Christian Tirole

Lumière : Philippe Berthomé, assisté de Jean-Jacques Beaudouin

Costumes : Virginie Gervaise

Son : Cédric Alaïs, Jean-Louis Imbert

Chant et piano : Pierre-Michel Sivadier

Collaborations artistiques : Vincent Rouche, Anne Cornu, Olivier Férec

Maquillages, perruques : Arno Ventura

Assistante à la mise en scène : Véronique Timsit

Assistante Prospero : Joana Barrios

Régisseur général : Dominique Brillault

Régie plateau : Christian Tirole, Julien Le Moal, André Réesse

Régie lumière : Jean-Jacques Beaudouin, Claire Gondrexon

Régie son : Ève-Anne Joalland

Habilleuses : Valérie Faisant de Champchesnel, Florence Messé

Construction décor, accessoires : Ateliers Proscénium, Alain Burkarth, Yann Chollet (peintures), Myriam Rault, François Houbé, Florence Audebert, Camille Faure, Amélia Holland

Atelier costumes : Jocelyne Cabon, Nathalie Coudray-Le Flem, Catherine Coustere, Laëticia Guinchard, Ève Le Trevedic, Rémy Le Dudal, Carole Martinière, Sylvestre Ramos, Bibiane Blondy, Stéphanie Boel, Mylène Chenard, Cécile Lega

Électriciens plateau : Manu Boibien, Raymond Le Rouzic

Cintrier : Éric Becdelièvre, Arnaud Chéron, Camille Faure, Pierre Chollet, Nicolas Martin, Quentin Vigoureux

Restauration : Nathalie Viard

Avec l’aide de toute l’équipe du T.N.B.

Jean-François Sivadier est artiste associé au Théâtre national de Bretagne, Rennes

Coproduction : Théâtre national de Bretagne, Rennes (producteur délégué) ; Odéon-Théâtre de l’Europe ; Italienne avec Orchestre ; T.N.T. Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées ; espace Malraux scène nationale de Chambéry et de la Savoie ; Théâtre de Caen ; Grand Théâtre du Luxembourg

Pièce en trois actes

Représentée pour la première fois le 17 janvier 1899, au Théâtre des Nouveautés

Théâtre national de Bretagne, salle Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31 ou www.t-n-b.fr

Du mardi 21 au jeudi 30 avril 2009 à 20 heures

Durée : 3 h 30 environ, avec entracte

23 € | 17 € | 12 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Christian Toulse 14/05/2009 15:55

Grand moment de Théâtre!!! merci a tous!!! Sivadier bravo, bravo, bravo!!! Acte II formidable!!!

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