Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 21:38

Une pièce en devenir

 

C’est dans le brouhaha des rues de Saint-Michel, au détour d’un resto chinois et d’un attrape-touristes, que se dresse le Théâtre de la Huchette. Lieu mythique qui a vu naître, il y a cinquante-trois ans, les débuts du théâtre de l’absurde avec « la Cantatrice chauve » d’Eugène Ionesco. Ce soir, c’est tout autre chose qui y est représenté, mais pas moins mythique cependant : « les Lettres de mon moulin » d’Alphonse Daudet, interprété par son arrière-petit-fils Aurélien Daudet. Malgré quelques fragilités de mise en scène, c’est un pari réussi pour ce jeune comédien. On sourit, on rit même parfois, on passe un bon moment : divertissant.

 

Écrit entre 1866 et 1869 par Alphonse Daudet, les Lettres de mon moulin est sans conteste l’un des recueils majeurs de la littérature de jeunesse. Pas facile, donc, de restituer sur scène ces histoires qui ont bercé notre enfance, sans en altérer le souvenir. Un programme alléchant, toutefois, qui donne envie de se blottir dans son fauteuil et de tendre l’oreille pour se replonger dans cette Corse d’il y a jadis.

 

Le metteur en scène, Léo Cohen-Paperman souhaitait avant tout faire rejaillir l’universalité contenue dans les contes d’Alphonse Daudet. Afin d’éviter l’écueil d’un retour à une Provence archaïque, il fait le choix d’une adaptation épurée : pas de cigale donc, ni d’accent usurpé. Comédien seul, quelques jeux de lumières, une chaise : cela suffit. Le choix des textes est plutôt bon, car il alterne des histoires connues et d’autres qui le sont beaucoup moins, mais qu’on a plaisir à découvrir. Les liaisons d’une histoire à l’autre sont soignées. Ainsi, petit à petit, les images nous parviennent. On rit même quelquefois de cet humour si cher au gens du Sud.

 

Néanmoins, l’entrée en matière est un peu fragile et le premier choix de texte ambitieux. En effet, le Phare des sanguinaires est certes un texte riche, qui fait état de toute la complexité de l’écriture de l’auteur, mais qui est également gorgé de descriptions. Le détail des paysages y est dense. Malheureusement, le débit vif et rapide du jeune Daudet ne nous invite pas à le rejoindre. Il est donc d’emblée difficile pour le spectateur de se familiariser avec l’écriture. Aurélien Daudet reprend son souffle par la suite, et l’on immerge enfin dans l’univers de son aïeul, un peu tard… Dommage.

 

En outre, l’absence de scénographie dessert un peu le spectacle : le visuel manque souvent, ne serait-ce que pour corroborer ce qui nous est raconté. On pourrait prétendre à plus de fantaisie quand on s’attaque au monde des contes et légendes : Aurélien Daudet s’essaie à des ébauches fragiles et discrètes de personnages, mais toujours en demi-teinte. Les images qu’il parvient à esquisser au moyen de la chaise ou du rideau sont les bienvenues, mais se font trop rares.

 

Enfin, le comédien semble, au début, un peu engoncé dans son rôle de conteur. À l’ouverture, il évolue sur la scène de façon un peu anecdotique, multipliant les gestes parasites comme pour s’excuser de son immobilité sur le plateau. C’est un peu timide à vrai dire, cela manque parfois de nuances dans la construction des personnages qu’il interprète. Cependant, au fur et à mesure que se déroule la pièce, le comédien prend possession du plateau. L’élocution est parfaite, les inflexions très justes. Aurélien Daudet sait jouer avec le rythme du texte, et ses ruptures tombent à point nommé.

 

Tout constitue un joli spectacle qui ne manque peut-être que d’être joué : la pièce en est à ses débuts et nécessite des bases plus solides, qui ne seront acquises qu’au fil du temps. Enfin, du fait de sa filiation, Aurélien Daudet joue d’une jolie dérision, ce qui surprend le spectateur et le rend curieux. Notamment, lorsqu’il en vient à nous narrer l’histoire de la très attendu chèvre de M. Seguin. Il s’approprie le texte, il a un vrai plaisir et une envie de raconter cette histoire, tant et si bien qu’il me semble l’entendre pour la première fois. On est ému devant le désarroi de ce cher M. Seguin à la perte de sa chèvre, on frémit à l’arrivée du loup… Pour ma part, j’ai même réussi à croire durant quelques secondes au salut de la petite chèvre… Mais non, rien à faire, elle meurt toujours à la fin. 

 

Amélie Manet

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Lettres de mon moulin, d’Alphonse Daudet

Compagnie des Animaux en paradis

Mise en scène : Léo Cohen-Paperman

Avec : Aurélien Daudet

Théâtre de la Huchette • 23, rue de la Huchette • 75005 Paris

Réservations : reservation@theatre-huchette.com

Du 18 avril 2009 au 27 juin 2009, tous les samedis à 21 heures

Durée : 1 h 10

20 € | 15 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher