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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 15:17

Pourquoi les femmes aiment-elles autant
les mauvais garçons ?


Par Camille Gaubert

Les Trois Coups.com


Ce pourrait être la question que suscite le « Liliom » de Frédéric Bélier-Garcia, joué actuellement sur la scène du Théâtre des Treize-Vents. Cette « histoire de banlieue de Budapest » comme la décrit son auteur, le hongrois Ferenc Molnár, est un conte naïf et poétique. Mais qui prend parfois la tournure d’un mélodrame bourré de clichés.

Liliom travaille à la fête foraine. Il est bonimenteur pour le manège de Mme Muscat. Il est amoureux de Julie, une frêle jeune fille qui travaille comme bonne. À la suite d’une dispute avec Mme Muscat, il doit quitter le manège et part vivre avec Julie. Malgré l’amour réciproque, le ménage n’est pas heureux, et Liliom commet l’irréparable : il bat sa femme. Face à ces deux protagonistes, le couple de Marie et Balthazar est là pour faire contrepoint. Il représente un autre modèle de vie à deux, plus conventionnel et plus casanier, dans lequel l’amour finit par disparaître. Il faut dire que les sentiments entre Julie et Liliom sont restés très passionnés. En effet, leur couple n’a pas eu le temps de tomber dans la monotonie, car Liliom se suicide, pris au piège par la police après un braquage raté. Liliom est donc une histoire aux ressorts dramatiques simples, mais qui frôle le cliché pour le public d’aujourd’hui. Il devient alors très facile de tomber dans le piège du mélodrame ennuyeux.

Il faut dire tout d’abord que, selon son auteur, cette pièce a pour but de raconter simplement la vie de pauvres gens dans un décor poétique de fête foraine. Mais cette représentation est fantasmée : elle cherche à rendre esthétique et charmant ce que l’on a l’habitude d’associer à la pauvreté : le jeu, la violence envers les femmes, le vol, le meurtre. Cette pièce n’est donc pas simple, mais simplificatrice. Elle efface toute rugosité au point de devenir moralement gênante. Bien que l’art ne soit pas moralisateur, que penser d’un spectacle qui excuse la violence faite aux femmes ? Le fait que Liliom batte sa femme n’est finalement pas si grave, car, d’après Julie, une femme ne ressent pas de douleur quand l’homme qu’elle aime la bat. Liliom fait donc d’une certaine façon l’apologie du mauvais garçon : mauvais père, mauvais mari, violent et lâche. Or celui-ci n’est-il pas plus intéressant et attirant que le gentil et ridicule garçon qui cherche à vous passer la bague au doigt ? Il s’agit là encore d’un stéréotype.

« Liliom » | © Brigitte Enguérand

En outre, l’interprétation des comédiens n’a généralement pas été assez brillante pour exprimer le caractère naïf et « primitif » qui aurait sauvé le spectacle du cliché. Le début est brouillon : les acteurs ont l’air indécis sur scène, comme s’ils se demandaient quoi faire. Teresa Ovidio, qui joue Mme Muscat, a eu une élocution difficilement compréhensible dans la première partie de la pièce. Quant au comédien serbe Rasha Bukvic qui incarne Liliom, son jeu a manqué de finesse malgré la présence indéniable qu’il possède sur scène. En revanche, il faut saluer la performance d’Agathe Molière. Celle-ci est très convaincante en Julie, qu’il s’agisse d’une jeune fille amoureuse de dix-huit ans ou d’une veuve brisée par le chagrin et mère d’une fille de seize ans.

La scénographie est, quant à elle, plutôt réussie. Elle est l’un des éléments essentiels de la poésie de ce spectacle. Elle permet de créer une ambiance authentique de fête foraine. Son décor se transforme ensuite en paradis, avec Dieu et anges en costume. Il s’agit alors d’une sorte de tribunal qui laisse une chance aux âmes « mauvaises » de se racheter. Cette utilisation d’un même décor pour la fête foraine et pour le paradis ajoute à l’aspect conte de la pièce. Malgré ceci, Liliom reste plus proche du mélodrame prévisible que de la fable enfantine. L’accumulation des stéréotypes et le jeu inégal des comédiens en sont les causes. 

Camille Gaubert


Liliom ou la Vie et la Mort d’un vaurien, de Ferenc Molnár

Traduction : Kristina Rady, Alexis Moati, Stratis Vouyoucas

Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia

Avec : Rasha Bukvic, Ève-Chems de Brouwer, Étienne Fague, Yvon Lapous, Denis Marçais, Agathe Molière, Teresa Ovidio, Christophe Paou, Agnès Pontier, Pierre Rochefort, Stéphane Roger

Scénographie : Sophie Perez, Xavier Boussiron

Lumière : Patrice Trottier

Costumes : Élisabeth Tavernier

Assistante costumes : Anne Autran

Son : Bernard Vallery

Maquillage : Catherine Nicolas

Collaboration artistique : Caroline Gonce

Théâtre des Treize-Vents • domaine de Grammont • C.S. 69060 • 34965 Montpellier cedex 2

Réservations : 04 67 99 25 00

www.theatre-13vents.com

Du 21 au 24 avril 2009, mardi, mercredi et jeudi à 19 heures, vendredi à 20 h 45

Durée : 2 heures

21 € | 14 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Cécile 23/07/2009 09:56

Vous pouvez retrouver des images de Liliom, mis en scène par Frédéric Bélier-Garcia sur : http://www.lequai.tv/fr/bdd/video_id/226

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