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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 00:46

La salle n’en perd pas
une miette


Par Julie Olagnol

Les Trois Coups.com


Comment rendre accessible un classique, sans en perdre la beauté initiale ? C’est une question qu’a dû se poser Jûrg Schlashter et la compagnie allemande Thalias Kompagnons, qui proposent une version en marionnettes de « la Flûte enchantée », composée par Mozart sur un livret en allemand d’Emmanuel Schikaneder, en 1791, peu de temps avant sa mort. Originalité et tendresse en font un opéra-comique tout public parfaitement réussi.

De près ou de loin, tout le monde a entendu parler de la Flûte enchantée, le récit initiatique du jeune prince Tamino, parti sauver Pamina, dont il est tombé amoureux du portrait. Flanqué de Papageno, l’oiseau peu téméraire, et grâce à la flûte enchantée remise par la Reine de la nuit, il découvrira, à force de fermeté, de patience et de discrétion, la Sagesse, la Raison et la Nature. Il déjouera les pièges et mettra en déroute les plans de la Reine de la nuit et obtiendra du bon Sarastro la main de sa fille. Si l’opéra présenté au Théâtre de la Renaissance est réduit à quatre-vingts minutes, il ne perd rien de l’œuvre féérique initiale.

Côté scène, ce sont deux marionnettistes, Joachim Torbahn et Tristan Vogt qui donnent vie aux personnages. Ils manipulent leurs petites marionnettes à gaine à l’horizontale, sur un plan de travail installé sur la scène. Une caméra filme au-dessus du castelet et diffuse les images en temps réel, ce qui permet à toute la salle de ne pas en perdre une miette. Un véritable film d’animation se monte, et on peut, lorsqu’on quitte l’écran des yeux, découvrir les ficelles de sa création. Une planche par-ci, un filtre par-là, une marionnette ici, des figurines là-bas : on se laisse vite prendre au jeu et on construit l’histoire ensemble. La Flûte enchantée prouve une nouvelle fois qu’elle s’adapte à merveille, par son caractère léger et enjoué, à la marionnette.

Côté musique, ce sont les huit artistes baroques de l’Ensemble Kontraste qui donnent le la et assument également une partie du chœur. Le talentueux contre-ténor Daniel Gloger prête sa voie avec beaucoup de fantaisie à tous les personnages, de Tamino à la puissante Reine, en passant par la douce Pamina et le sage Sarastro. Sa bonhommie naturelle, ses expressions exagérées et ses postures loufoques participent à l’enthousiasme débordant de la Flûte enchantée et inspirent la sympathie. Les paroles, en allemand, sont sous-titrées en français, ce qui garantit une bonne compréhension du spectacle, notamment par les jeunes spectateurs.

Le mélange est opérant et la pièce foisonne de propositions visuelles, musicales et sonores. Marionnettistes, musiciens et contre-ténor témoignent d’une grande complicité, s’attendent et se complètent. La marionnette permet surtout de laisser libre cours à la créativité. L’apparition du « beau » Tamino et de la « jolie » Pamina déclenche l’hilarité : ils sont respectivement vert et bleu et pas franchement gâtés par la nature. Les « peluches », censées remplacer les animaux sauvages, qui s’inclinent au son de la flûte de Tamino, sont à croquer. La rencontre et les aventures des futurs amants sont volontairement « niaises » à souhait. Quant à la scène d’amour entre Papageno et la Papagena qu’il a enfin trouvée… seuls les plus âgés comprendront !

Les procédés vidéo permettent tantôt d’arrêter l’image pendant les changements de « décor », de la flouter pour simuler une chimère, ou de la ralentir : la Reine de la nuit manie le bâton comme un chef dans une scène de combat contre Monostatos, le Maure qui garde sa fille, et le public, lui, admire la dextérité des petites mains habiles qui s’agitent.

Seul bémol, le second acte, plus conceptuel à l’origine, est quelque peu simplifié, ce qui occasionne des raccourcis et une fin un poil précipitée. Par la marionnette, le message moralisateur passe néanmoins plus facilement. Sans être détourné, il prête à sourire, voire à rire. Empli de bonnes intentions, le conte ne permet pas vraiment de s’identifier aux personnages. Mais de nombreux passages émouvants attendrissent le spectateur, qui retrouve, le temps d’un opéra populaire et surprenant, son âme d’enfant. 

Julie Olagnol


La Flûte enchantée : une épreuve, de Wolfgang Amadeus Mozart, sur un livret d’Emmanuel Schikaneder

Thalias Kompagnons et Jürg Schlashter

Mise en scène : Jürg Schlashter

Contre-ténor : Daniel Gloger

Marionnettistes : Joachim Torbahn et Tristan Vogt

Musique : Ensemble Konstraste (huit musiciens)

Théâtre de la Renaissance • 7, rue Orsel • 69600 Oullins

Réservations : 04 72 39 74 91

Du 21 au 24 avril 2009 à 20 heures

Durée : 1 h 20

20 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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