Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 20:45

Les risques du journalisme

 

Un journaliste et un instit s’aiment et se séparent sur fond de micro-trottoir autour du désir et du couple. Alberto Lombardo signe une nouvelle pièce afin de tenter de « dire » l’amour… au risque de trop (mal) en parler.

 

Cela commence comme une tragi-comédie sur la vie d’un couple gay. Une de plus. Mais elle est traversée par les images que l’un des deux, journaliste, rassemble pour un reportage sur l’art d’aimer. Et par une femme qui n’en finit pas de rompre et de se réconcilier avec sa compagne.

 

De la « définition » de l’amour, de la rencontre à la séparation, en passant par les pannes de la libido, cette pièce est construite comme un long – trop long – discours sur la vie de couple. Chaque séquence est annoncée ou illustrée par des vidéos d’une trentaine d’hommes et de femmes, saisis dans un micro-trottoir. Quand une bonne idée comme celle-ci devient systématique, elle finit par lasser.

 

Dans cet exercice se mêlent aux remarques de grande sagesse pas mal de clichés, et quelques propos insignifiants, ou sirupeux de romantisme. Les quelques propos sublimes sont comme étouffés par des monceaux de lieux communs sur la fidélité, sur la jalousie, sur le couple. Certains spectateurs reconnaîtront leur ancien libraire, un ex, l’amant de la veille… Les témoignages sont bruts de décoffrage, sans guère d’esprit critique, avec à peine de liant ou de problématique, comme un dossier de Têtu. Du « journalisme », quoi !

 

 

Concernant l’histoire, tous les ingrédients habituels sont réunis : la rencontre sur une plage naturiste, le premier massage dans un bosquet, les retrouvailles à Paris dans une boulangerie (« c’est chou ! »), l’envie de se rapprocher sans se lier, la vie pantouflarde, la première infidélité inexcusable, la séparation insupportable… jusqu’aux retrouvailles finales. C’était filmé d’avance. En happy end, ouf !

 

À côté du jeu tout en nervosité et en présence d’Alberto Lombardo se traîne un Pierre Koenig qui bafouille et avale son texte… Marine Martin-Élinger – admirable – joue une femme qui se sent prisonnière dans les bras d’une Éléonore qu’elle aime, et coupable de si mal aimer. Et qui vit la séparation comme une amputation.

 

Au-delà de ces propos sur l’amour, l’intérêt de la pièce réside peut-être dans le risque que prend Mario, le journaliste, de traiter d’un sujet qui le concerne. Il s’implique, se laisse toucher… au point que son couple lui-même en est ébranlé.

 

Le spectateur ressort en se disant que l’amour décidément est bien compliqué, et qu’en parler l’est encore plus. Et jure qu’à l’avenir, il se méfiera des caméras. 

 

Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes, d’Alberto Lombardo et Isabelle Delamare

Dans le cadre du IIIe Festival parisien du théâtre gay et lesbien

Mise en scène : Alberto Lombardo

Avec : Marine Martin-Élinger, Pierre Koenig, Alberto Lombardo

Théâtre Côté cour • 12, rue Édouard-Lockroy • 75011 Paris

Réservations : 01 47 00 43 55

Les 19 et 21 avril 2009 à 22 heures, le 22 avril 2009 à 20 heures, le 24 avril 2009 à 18 heures

Durée : 1 h 20

15 € | 12 € au profit de S.O.S.-homophobie

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher