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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 14:06

Remarquable éloquence
du silence


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


La petite phrase qui tient lieu de sous-titre sur l’affiche attire mon regard : « Partition muette pour six acteurs et un plasticien ». Un spectacle entièrement muet ? La promesse m’intrigue mais m’inquiète un peu. J’entre, sur mes gardes. Je demande à voir. Et, quelques secondes après le noir, je suis simplement aspirée, avalée. Irrésistiblement attirée par ce qui se passe sur cette scène, où un langage silencieux me parle intimement. Au bout d’une heure de spectacle, je serai conquise, ravie, simplement déçue que ce soit déjà fini.

Résumer ce spectacle à part semble quasiment impossible. Ce n’est pas une histoire, ce sont des croisements, des chemins, des élans, des images, des instants qui se suspendent. Ce sont en fait mille histoires qui se rejoignent pour n’en former plus qu’une : celle des corps. Les corps où s’impriment le deuil, les pertes, le désir et la séparation, la vie et la mort. Comme si l’existence elle-même se trouvait condensée, là, dans les peaux, la sueur, les souffles. Le spectateur, lui, réalise avec fascination qu’il existe, peut-être, un langage des corps bien plus éloquent que celui des mots. Un langage qui vient nous percuter de plein fouet dans une vérité très intime. Et très universelle.

Ils sont sept sur scène. Sept et des poussières, sept et des matières, sept et des objets : poupée, papiers, manteau, robe, ballons… Des éléments dont le rôle, au-delà de l’accessoire, est de les aider à nous raconter des histoires. Sept dont un plasticien, qui dessine à la craie sur un tableau, qui trace à l’eau sur le même tableau noir des dessins ou des mots éphémères, qui modèle un espace fait de boîtes et de tissus. Les possibilités sont multiples, infinies, tout est en mouvement, les corps comme le décor. Et notre regard respire et se réjouit que tout parle sans que rien ne se fige jamais.

« Chronique des jours de pluie, partition muette

pour six acteurs et un plasticien »

© Rafael Grassi

Car le propos de ce spectacle, c’est la recherche. Tout bouge, tout avance, rien ne se clôt. Les corps sont vivants car en éveil. Le parcours qu’ils poursuivent témoigne de cette volonté d’investigation : chercher le bon geste, l’énergie juste, l’élan exact, sans hésiter à reproduire, essayer, refaire, répéter. Une sorte de transe émerge parfois de ces corps alertes et profondément disponibles. Une jubilation nous envahit à les voir se mettre en rythme, créer des images, accélérer, ralentir. Un plaisir purement organique, loin de toute cérébralité. Comme si la pulsation qu’ils parviennent à trouver venait se mettre au diapason de notre propre rythme intérieur, intime, dans une zone où la joie éclate.

Joie. Oui, c’est bien le terme. Une joie sensorielle. Qui nous envahit, bien que le propos ne soit pas forcément gai. Qui s’impose, car l’émotion qui nous étreint est juste, salvatrice. Le principe de catharsis fonctionne à plein dans ce plaisir libérateur. Et la beauté permanente qui émane du plateau participe grandement à cet effet. Mariapia Bracchi et Rafael Grassi ont créé un espace à la simplicité superbe, dans lequel les corps modèlent l’espace au même titre que les objets. Des lignes se dégagent, le plateau vit, évolue, se transforme. Chaque comédien, immobile ou en mouvement, est toujours à l’endroit exact qui permet de faire émerger une image globale. Chaque élément, chaque couleur, chaque objet, chaque corps est au service du visuel collectif. C’est beau. Vraiment très beau. 

Élise Noiraud


Chronique des jours de pluie, partition muette pour six acteurs et un plasticien

Compagnie du Goudron-et-des-Plumes • 14, avenue Béranger • 93170 Bagnolet

goudronet@hotmail.com

www.goudronetplumes.org

Conception et mise en scène : Mariapia Bracchi

Avec : Mariapia Bracchi, Emmanuel Clarke, Illitch L’Hénoret, Laurent Mothe, Emmanuelle Paquet, Isabelle Vellay, Rafael Grassi

Préparation corporelle et langage du mouvement : Edwige Wood

Lumières : Benoît Laurent

Interventions plastiques : Rafael Grassi

Univers sonore : Jean-Jacques Palix

Maison des métallos • 94, rue Jean-Pierre-Timbaud • 75011 Paris

Réservations : 01 47 00 25 20

Du 15 au 30 avril 2009 du mardi au samedi à 20 h 30, le samedi à 16 heures

Durée : 1 heure

13 € | 9 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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