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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Ingénieux
Créé au Vingtième Théâtre en janvier 2008, « l’Ingénu » de Voltaire revient à Tristan-Bernard. Derrière l’irrévérence de ce conte du xviie siècle, pointe une critique religieuse et sociale qui demeure actuelle.
Que se passe-t-il quand un Huron est débarqué à Saint-Malo en plein xviie siècle ? Doté de la faculté de dire tout ce qu’il pense, cet Indien interroge les conventions sociales, subvertit les théo-logiques et prône un retour au bon sens. Il préfère la lettre de la Bible aux constructions du dogme ou aux justifications des sacrements. Il critique la prétention de la papauté à régenter la vie des gens. Le mariage ne lui semble qu’un contrat pour ceux qui prennent leurs précautions. Un huguenot anarchiste en terre catholique, en somme…
Ce conte de Voltaire, qui fit scandale en son temps, pourrait ne conserver aujourd’hui qu’une irrévérence adoucie, comme un bon vin qui a madérisé. Car les temps ont changé. Le clergé n’a plus, même en Bretagne, d’emprise sur la société. Les querelles entre jansénistes et jésuites n’ont plus lieu d’être. La cour du roi n’abuse guère de ses prérogatives… Le propos de Voltaire aussi semble daté. Son idéalisation du « sauvage » que l’éducation pervertit paraît naïve. Sans parler de son propos sur les femmes…
© Lot
Cette reprise de Jean Cosmos, mise en scène par Arnaud Denis, assume cette distance. En une mise en abyme, le spectacle nous convie au filage de l’Ingénu, comme pour rappeler que ce n’est que du théâtre. De même, les costumes sont d’époque : de la bigouden au ministre emperruqué et fardé, en passant par les prêtres, les laquais… jusque dans les nuances que prieurs, abbés et jésuites donnaient à leurs soutanes. Costumes magnifiés par la sobriété des décors.
Derrière le conte aux allures de farce, par-delà la satire sociale, se joue un drame. La légèreté et les bons mots laissent place à la souffrance de deux amants : l’Indien et celle qu’il aime et dont il est aimé. La pureté de la belle Mlle de Saint-Yves est souillée au point qu’elle en meurt. L’innocence de l’Ingénu est bafouée ; son cœur, brisé. Chez Voltaire, le malheur – qu’il soit physique ou moral – n’est vraiment « bon à rien ».
Ne ratez donc pas ce délice de l’esprit. Peut-être y trouverez-vous quelques leçons sur notre monde. Ce spectacle a la délicatesse de nous laisser nous-mêmes transposer. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
L’Ingénu, de Voltaire
Adaptation : Jean Cosmos
Mise en scène : Arnaud Denis
Avec : Géraldine Azouelos (Henriette), Jonathan Bizet (Saint-Pouange, un laquais), Claude Brecourt (le bailli de Saint-Malo), Daniel-Jean Colloredo (le prieur de Kerkabon), Arnaud Denis (l’Ingénu), Alexandre Guanse (en alternance, les deux jésuites, l’officier anglais, le commis, le gouverneur, le médecin), Denis Laustriat (l’abbé de Saint-Yves), Jean-Pierre Leroux (le metteur en scène, l’évêque, le sergent, Gordon), Monique Morisi (Crédule), Stéphane Peyran (le fils du bailli, le garde breton, le gouverneur de la Bastille), Romane Portail (Mlle de Saint-Yves), Sébastien Tonnet (en alternance, les deux jésuites, l’officier anglais, le commis, le gouverneur, le médecin)
Scénographie : Mirjam Frutuger
Maquillage : Léna Karatchevski
Costumes : Virginie Boldinière
Lumière : Laurent Béal
Théâtre Tristan-Bernard • 64, rue du Rocher • 75008 Paris
Réservations : 01 45 22 08 40
Du 8 avril au 2 mai 2009, du mardi au samedi à 21 heures, samedi à 18 heures, relâche les dimanche et lundi. Relâche exceptionnelle le 28 avril 2009
Durée : 1 h 45
35 € | 27 € | 21 €
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