Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 13:18

Shakespeare au pays des mangas

 

Serge Poncelet nous offre une adaptation dépaysante de « Macbeth », mâtinée de kendo et des théâtres du nô et du kabuki. Il met ainsi les arts du « pays du Soleil-Levant » au service d’un roi dont la noirceur s’éclipse.

 

Avec Macbeth, Shakespeare livre une œuvre dense sur les ambiguïtés de l’ambition et l’irrépressible force du destin. Cette tragédie est un délice pour les philosophes et les psychanalystes, mais aussi pour tous ceux qui apprécient les drames sombres. Autour du couple Macbeth, s’enroule une spirale mortifère qui comble puis brise ceux qui veulent accéder au pouvoir, quel qu’en soit le prix.


La pièce est admirablement interprétée au Théâtre de l’Opprimé – heureuse dénomination au regard du sujet – par la troupe que mène Serge Poncelet. La présente adaptation nous déplace de l’Écosse du xie siècle (ou de l’Angleterre du xviie siècle) à l’univers des samouraïs.


Cette version, originale, s’approprie le kendo, cet art ancestral du maniement du sabre. Les costumes dessinés par Barbara Gassier et Marie Odin en reprennent, de manière lointaine, les armures. Les guerriers écossais deviennent soldats de l’empereur Qin ou ninjas au visage masqué de noir.


Leurs danses martiales se déploient sur un fond fantastique, embrumé de fumigènes (plus ce serait trop !). Ce fantastique est souligné par les créations sonores d’Ulrich Mathon, ponctuées des cris rauques des protagonistes, venant des entrailles. Il est accompagné par les décors végétaux de l’équipe du Théâtre Yunqué. Les bambous inamovibles de fond de scène répondent aux armes qui virevoltent.


« Macbeth » | © Ève Grozinger


L’interprétation en ressort très chorégraphiée, grave par sa lenteur, très graphique. Reprenant les lentes pantomimes du théâtre du nô, elle apaise la violence des passions qui se déchaînent. Macbeth est-il interprétée avec justesse par un tel éloge rendu à la maîtrise de soi ? Mais, sous le calme apparent, les passions bouillonnent.


La mise en scène puise à la fois dans l’imaginaire chrétien et les sabbats les plus obscurs. Ici, les trois « sœurs fatales » sont particulièrement inquiétantes. Ces pythies du destin contradictoire de Macbeth détonnent dans ce marais épais et lourd. Elles surgissent et disparaissent, laiteuses, vaporeuses. Elles adoptent la voix suraiguë des sorcières et l’innocence d’enfants faisant la ronde, pouffant de rires cristallins.


Le couple Macbeth, femme de désir et homme de pouvoir, s’enferre. Ses crimes se succèdent : régicide, parricide, fratricide jusqu’à l’infanticide. La folie les guette. La chute finale de Macbeth est pathétique. Le destin qui l’a porté se retire. La nature reprend ses droits face à une volonté humaine arrogante.


Au Théâtre de l’Opprimé, Shakespeare à la sauce manga est fantastiquement goûteux. 


Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Macbeth, de William Shakespeare

Adaptation et traduction : Éric Prigent

Mise en scène : Serge Poncelet

Assistant à la mise en scène : Lionel Briand

Avec : Yohann Mateo Albaladejo (Ross), Eirin Marlene Forsberg (Lady Macbeth, Seyton), Luc Mansanti (Malcolm), Serge Poncelet (Macbeth), Éric Prigent (Duncan, Macduff), Philippe Simon (Banquo, le fils Macduff, Siward), Olga Sokolow (Lady Macduff, Fléance)

Costumes : Barbara Gassier, Marie Odin

Lumières : François Martineau

Univers sonore : Ulrich Mathon

Administration : Marthe Girard

Théâtre de l’Opprimé • 78, rue de Charolais • 75012 Paris

Réservations : 01 43 40 44 44

Du 1er avril au 3 mai 2009, du mercredi au samedi à 20 h 30, dimanche à 17 heures, relâche les lundi et mardi

Durée : 1 h 50

16 € | 12 € | 10 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher