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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 00:05

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Par Sonia Déchamps

Les Trois Coups.com


Seule en scène, Alys-Yann Schmitz – dès la première – investit l’espace et y impose sa marque. « Credo », c’est la sincérité et la folie, la simplicité et la beauté… Un moment de partage avec cette jeune femme, à la fois si fragile et si déterminée… touchante, troublante.

Notons en premier lieu l’imperturbabilité remarquable de la comédienne, car, oui, sur une heure de spectacle, certaines personnes réussissent à avoir dix minutes de retard et, dans ces cas-là, pourquoi diable se faire discret ?… Ce petit coup de gueule passé, revenons à ce qui nous intéresse et, ici, séduit totalement : la pièce.

Tout paraît simple, limpide : costume sobre, décor réaliste et minimaliste, éclairage naturel, pas de musique, mise en scène sans manières ; pas d’artifices, seuls le texte et le jeu : la beauté.

Brillamment transposées, les pensées et les paroles d’une jeune femme paumée touchent directement le spectateur. Sensible, plein de sens, le texte semble ainsi être un véritable cadeau pour une comédienne. Alys-Yann Schmitz parvient, elle, à en faire un don pour le spectateur. On le sait bien, il ne suffit pas d’un texte, aussi brillant soit-il, pour « faire » une pièce. La comédienne s’appuie sur ces mots fabuleux pour se révéler, se donner à un public qui, rapidement, ne peut plus détourner son attention d’elle. Alys-Yann Schmitz – tour à tour fragile et forte – attire le spectateur dans son univers, dans ce monde fait de mensonge, de folie, mais aussi d’une profonde sincérité.

© Damien Schmitz

Lorsque le personnage évoque son passé, c’est à une petit fille que le spectateur a l’impression de faire face. Une petite fille émouvante à laquelle on ne peut que pardonner l’assassinat (réel ?) – « Une autre fois, hier soir, je t’ai tué… » – de son compagnon. On ne réussit pas à lui en vouloir, quand bien même elle s’énerve à en devenir presque laide. Presque laide ? Oui, car tout se lit sur la figure de cette comédienne surprenante : belle quand elle s’adoucit, le visage dur quand elle se montre violente… On est touché par cette sensibilité à fleur de peau, ces états d’âme qui se lisent sur les traits. Entre délire et raison, mensonges et vérité, on est passionné pas le personnage.

Alys-Yann Schmitz articule. Il s’agit là d’une précision qui peut surprendre, sembler futile voire inutile, mais qui ne l’est pas tant que cela si l’on y réfléchit à deux fois. En effet, elle parle « bien ». Les mots ne sont pas « lâchés » mais bel et bien « dits », déclamés. Ils prennent ainsi une ampleur, une profondeur toute particulière. Dans cette pièce, il aurait pu y avoir des pleurs, de grands élans dramatiques, le texte s’y prête tout à fait… Mais non, c’est tout en subtilités, nuances qu’Alys-Yann Schmitz livre son interprétation, donnant vie et force aux mots. Dans ce long monologue, jamais – ou presque – Alys-Yann Schmitz ne s’emporte réellement, et c’est bien cela qui fait sa force. Tout en retenue, elle laisse s’exprimer ses sentiments, fait part de ses souvenirs, de ses souffrances… à ce compagnon absent, qui ne peut donc l’entendre. Néanmoins, le public est bien là pour le remplacer, aussi à l’écoute qu’il est possible de l’être, accroché aux lèvres de la comédienne, attentif à la moindre de ses paroles, au plus infime de ses silences.

Un défaut ? Allez, on va en donner un… Alys-Yann Schmitz n’a de cesse, ce soir-là, de s’humecter les lèvres. Si dans un premier temps cela appuie certaines paroles, comme traduction physique d’un doute par exemple, cela se transforme en tic dont on a du mal à décrocher dès lors qu’on l’a remarqué. Défaut bien futile au regard de tout ce qui a été dit. Avec une pièce telle que Credo, l’expression « offrir » un spectacle prend tout son sens. C’est avec un plaisir non dissimulé que l’on reçoit ce cadeau, n’ayant alors qu’un mot à la bouche : « Merci ». 

Sonia Déchamps


Credo, d’Enzo Cormann

Mise en scène : Jean Couturier

Avec : Alys-Yann Schmitz

Les Déchargeurs • 3, rue des Déchargeurs • 75001 Paris

Réservations : 01 42 36 70 56

Du 7 au 18 avril 2009 à 18 heures

Durée : 1 heure

18,5 € | 15,5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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