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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 16:02

Retour aux sources


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Après « la Vie devant soi » (3 molières en 2008), dont il fit l’adaptation et où il jouait un petit rôle, Xavier Jaillard reprend son « Jules Renard est en voyage », mis en scène par Daniel Lavau au Petit Hébertot niché dans la cour du grand. Précisons que l’homme a aussi repris les rênes de ce lieu pas si petit que ça et confortable. Un texte tendre et savoureux comme la bonne soupe qui cuit pendant le spectacle. Du théâtre comme on n’en faisait plus dans nos contrées chics depuis un bout de temps. À quelques mètres de là, Galabru et Caubère évoquent Pagnol. C’est donc un nid !

Philippe et Ragotte attendent. Ce sont les métayers de M. Renard l’écrivain. Ce soir-là, leur fils unique, Antoine, doit revenir de Madagascar où il a effectué son service militaire. Sept ans à l’époque, quand on n’a pas de chance. Traduisez : quand on est pauvre, qu’on ne peut donc pas « échanger son numéro… en donnant des sous ». Il faut dire que c’est l’époque où la République a besoin de trouffions pour soumettre ses colonies. Et que pour être pauvre, on l’est !, dans le Morvan de Jules Renard, auquel cette causerie devant le feu rend hommage.

Décor naturaliste sans être tatillon, peut-être un peu trop éclairé, mais qui cligne de l’œil avec affection à André Antoine, fondateur du Théâtre-Libre. La table, les chaises, le buffet de bois brut. On est bien dans cette chaumière « au toit tout rapiécé…À des endroits, ce n’est plus que de la mousse. » où nos deux Morvandeaux, plus vrais que nature, se chamaillent, s’épient, se devinent tant ils se connaissent. L’action est on ne peut plus simple : leur grand va enfin rentrer, c’est en même temps une fête et toute une histoire.

Accent du terroir pour les deux personnages, qui rivalisent de pudeur et de tendresse bourrue. Chacun tente en effet de cacher à l’autre à quel point ce retour l’émeut. « On n’est pas des montre-tout, dans la famille », prétend Philippe à sa Ragotte pas dupe. Et de râler pour la forme sur ce train qui n’arrive pas, des détails d’intendance ou des vieux griefs. Le service militaire, les colonies, l’affaire Dreyfus, la famille de M. Renard : les cancans du village servent ainsi d’exutoire à leur anxiété, entre deux silences où l’on n’entend plus que le tic-tac de la pendule.

Marie-Christine Danède, un petit peu raide au début, compose une mère joliment madrée, raisonneuse bien qu’analphabète, contestataire bien que croyante, dont on découvre peu à peu la sensibilité et l’ironie. Xavier Jaillard lui renvoie la balle avec gourmandise. Son Philippe pétille de malice. Il incarne ce bon vieux temps où l’ascenseur social fonctionnait et faisait d’un bouvier un lecteur avisé de Poil de carotte. Leur joute vaut le détour. Lui feint de s’affliger d’avoir une bigote ignare pour épouse, elle de devoir supporter un pingre et un « sans-Dieu ». En fait, bien sûr, tous deux s’adorent.

Et Jules Renard dans tout ça ? Il rôde et sert tantôt d’énigme, tantôt de modèle à ces braves gens. À son contact, Philippe a désappris à chasser et réappris à voir. Un jour qu’il observait un papillon, monsieur lui a demandé : « À quoi est-ce qu’il vous fait penser… ? ». « À un bout de papier plié en deux. » « Oui, qu’il m’a répondu, un billet doux. » Et comme le papillon butinait, il a dit en le regardant faire : « Il cherche l’adresse d’une fleur. ». Une jolie pièce toute simple, toute vraie, écrite par un poète, acteur, patron de théâtre avec son cœur. Ce n’est pas si fréquent. Ajoutons, ça ne s’invente pas, que cette œuvre a reçu le grand prix de l’Écriture théâtrale « Les Trois Coups ». On n’y est pour rien, mais c’est pour dire ! 

Olivier Pansieri


Jules Renard est en voyage, de Xavier Jaillard

Petit Hébertot

Avec : Marie-Christine Danède, Xavier Jaillard

Mise en scène : Daniel Lavau

Musique : Frédéric Jaillard

Une production A.C.T.E. (Association pour la création théâtrale européenne)

Petit Hébertot • 78 bis, boulevard des Batignolles • 75017 Paris

www.petithebertot.fr/

Métro : Villiers ou Rome (ligne 2 ou 3)

Réservations : 01 55 63 96 06

Du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 16 h 30

Durée : 1 h 20

25 € | 15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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