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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 00:28

Une trop subtile confusion
des genres


Par Estelle Gapp

Les Trois Coups.com


Une scénographie magnifique recueille les confidences d’un homme troublé et délivre le secret d’une femme blessée. Mais l’adaptation théâtrale du roman de Philippe Grimbert accouche d’un projet ambigu : la parole, portée par une langue trop littéraire, manque d’incarnation, et la mise en scène, trop esthétisante, manque de vérité. Du roman à la scène, du masculin au féminin, la pièce laisse l’impression d’une étrange confusion des genres.

Insolite, le plateau en pente est une véritable trouvaille, où les personnages apparaissent comme des funambules, silhouettes fugaces et fragiles, en équilibre précaire, suspendues entre réalité et fiction. Si le projet de Frédéric Andrau est de « rendre éphémère la réalité de Paul pour créer un univers qui touche plus à la sensation ou à l’évocation », alors la scénographie le sert à merveille. Car c’est bien un univers poétique qui s’ouvre sur scène, à mi-chemin entre le réel et le fantasme, imposant aux comédiens une certaine lenteur : celle des mots enchevêtrés dans le secret, celle des pas étouffés dans la toile élastique.

Mais « l’évocation » a ses limites : si la mise en scène mêle admirablement le présent et le passé, par la résurgence de certains souvenirs – la fille à 14 ans, l’enterrement du grand-père, un repas de famille –, l’ensemble manque souvent de rythme et tombe dans le piège de la littéralité. Trop dense, proféré dans un rapport trop frontal au public, le texte enferme les comédiens dans un jeu au ralenti, qui multiplie les pauses, d’un très bel esthétisme, au détriment d’une véritable intériorité. Malgré un découpage scénique intéressant – avec ses « tableaux de famille » en arrière-plan – et une scénographie inventive – avec ses éléments de décor cachés sous la toile –, on se demande finalement si cet objet poétique est encore du théâtre.

© N. Gabriel

À la limite de la psychanalyse, les confidences intimes du couple finissent par déranger. Lorsque Irène parle de ses « règles » et évoque sa « fausse couche », un sentiment de malaise l’emporte sur l’empathie, laissant place à une impression, coupable, de voyeurisme. Peut-être atteint-on là une autre limite du genre : du roman à la scène, le plaisir du lecteur deviendrait-il un plaisir « obscène » chez le spectateur ?

Tandis que la pièce s’achève de manière trop symbolique sur la même image que celle du début, on retient de cet univers intimiste et esthétique, paradoxalement, quelque chose de très féminin. J’oublie que Frédéric Andrau en est le metteur en scène et Pierre Grimbert l’auteur. Par quelle magie cette confession d’homme a-t-elle pris ce parfum d’éternel féminin ? Mais, pour le couple en crise, la parole analytique aboutit à une impossible délivrance. Acte manqué ou trop subtile confusion des genres ? 

Estelle Gapp


La Petite Robe de Paul, de Philippe Grimbert

Adaptation : Philippe Grimbert, avec la collaboration de Frédéric Andrau

Mise en scène : Frédéric Andrau

Assistante : Sylvie Amato

Avec : Fabrice Moussy (Paul), Valérie Gabriel (Irène), Andréa Brusque (Agnès), Anna Strelva (Olga), Léa Wiazemsky (Édith)

Scénographie : Goury

Lumières : Ivan Mathis

Costumes : Frédéric Cambier

Avec la complicité de Damien Bricoteaux

Maison des métallos • 94, rue Jean-Pierre-Timbaud • 75011 Paris

Réservations : 01 47 00 25 20

Du 19 au 29 mars 2009 à 20 h 30, dimanche à 16 h 30, relâche le lundi, représentation supplémentaire le samedi 21 mars 2009 à 16 h 30

Durée : 1 h 30

13 € | 9 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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