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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Feydeau, c’est drôle, non ?
Cette pièce aura au moins eu le mérite de me faire découvrir le Théâtre des Amandiers. Au cœur de cette fonctionnelle forêt de tours, dans un paysage ultra-urbain, ce lieu de culture apparaît telle une île, rassurante, lumineuse, intrigante. Des groupes de collégiens trop excités par une fin de journée bien remplie à la capitale s’ébrouent devant les portes en terminant leur pique-nique. Il fait bon. C’est le début du printemps. La lumière pénètre par les baies vitrées et baigne le hall d’accueil. Je tombe amoureuse de cet endroit. La suite de l’histoire, malgré l’enchantement premier, se résume à un mot : déception.
J’entre donc dans la salle, pardonne aux adolescents (qui n’ont toujours pas fini leur pique-nique et sont évidemment assis devant et derrière moi) de faire tourner les paquets de bonbons, et me prépare à un moment de plaisir. Du Feydeau, un grand metteur en scène, un beau lieu, de bons comédiens. La machine roule. Pourtant, dès le lever du rideau, dès les premiers mots, sans que je puisse dire pourquoi, ça ne roule pas du tout. La machine se grippe. Ça ne « prend » pas. Ah non, non, non, donnez-moi du beau spectacle, ce soir j’ai envie d’être conquise ! Mais rien n’y fait. Les minutes passent, je demeure spectatrice sans pouvoir être happée par le spectacle. Stupeur et déception.
© Pascal Victor
Et pourtant, je le répète, il y avait tout pour que ça fonctionne. Aucun des comédiens n’est à blâmer. Leurs compétences sont évidentes, leur talent itou. Ce beau plateau laisse rêveur, le public nombreux aussi. L’idée de faire participer des malades du CASH (Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre), au-delà de la louable intention d’intégration, est surtout extrêmement prometteuse du point de vue théâtral. Ces corps différents, leur rythme différent, leur présence poétique, à la fois ancrée et suspendue, apportent réellement du jeu, de la matière, ouvrent des portes. Et puis, enfin, la réputation de Jean-Louis Martinelli, directeur du lieu et metteur en scène d’expérience, n’est plus à faire.
Mais, une fois encore, c’est bien la scène, toujours la scène qui, seule, peut dire si un spectacle est bon. Même le meilleur dossier, même les meilleures intentions doivent passer le barrage (libérateur) du plateau. Le reste, c’est du vent. Et, là, l’expérience de la scène est fatale. Ça ne marche pas. Le rythme n’est pas là. L’énergie n’est pas là. L’urgence n’est pas là. On l’a dit et redit, Feydeau, c’est une mécanique. À force d’une forme compliquée, saupoudrée, on n’entend plus cette mécanique. Mécanique qui, seule, peut tomber juste et faire naître le rire. Car, enfin, Feydeau, c’est drôle, non ? Ben, ici, pas tellement. Les personnages deviennent psychologiques, trop intelligents, leur parcours devient obscur, l’ensemble voudrait devenir poétique, et le comique, lui, s’est fait la malle depuis longtemps. Trop de gadgets à volonté humoristique viennent s’ajouter au texte quand le texte lui-même ne parvient pas à être drôle. Ce soir, donc, je n’ai pas beaucoup ri. Quel dommage ! ¶
Élise Noiraud
Les Trois Coups
Les Fiancés de Loches, de Georges Feydeau
Mise en scène : Jean-Louis Martinelli
Assistante à la mise en scène : Katia Hernandez
Avec : Christine Citti, Édéa Darcque, Laurent d’Olce, Zakariya Gouram, Maxime Lombard, Mounir Margoum, Anne Rebeschini, Sophie Rodrigues, Martine Vandeville, Abbès Zahmani, Séverine Chavrier et Daniel Bachelet, Patrick Bonnereau, Marie-Thérèse Boulogne, Joachim Fosset, Christophe Herman, Isabelle Larpin, Georges Nde Nang, Emmanuel Peironnet, Salah Zemmouri
Scénographie : Gilles Taschet
Costumes : Patrick Dutertre
Son : Jean-Damien Ratel
Lumière : Éric Argis
Maquillage et coiffures : Françoise Chaumayrac
Pianiste : Séverine Chavrier
Théâtre Nanterre-Amandiers • 7 avenue Pablo-Picasso • 92022 Nanterre
Réservations : 01 46 14 70 00
Du 28 février au 11 avril 2009 à 20 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi
Durée : 1 h 50
25 € | 20 € | 14 € | 12 €
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