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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 13:19

Un road-movie où l’on perd
sa route


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Il existe peu voire très peu de spectacles qui manient la langue des signes. Pour en finir avec cet état de fait, le Nouveau Théâtre du 8e est à l’initiative d’un remarquable programme intitulé « Parcours culturel sourd », auquel s’associe le Théâtre des Marronniers avec la présentation du « Voyage de M. D. », un road-movie théâtral présenté par La Face nord Compagnie.

À son arrivée, le public découvre la petite scène du théâtre transformée pour l’occasion en salle de classe miniature : pupitres d’écoliers disposés devant quatre tableaux, un modeste décor qui suffit à planter une ambiance scolaire voire studieuse, avec au centre du plateau quatre personnages dos au public, vêtus eux aussi en tenue d’école, rapidement identifiables en professeur et élèves.

Très vite le Voyage de M. D. apparaît dans une forme plurielle, qui marie des arts de divers horizons et mêle la narration d’une histoire, la traduction en langue des signes, le graphisme et la musique. On ne peut que saluer le pari audacieux et le parti pris intéressant de Jérôme Sauvion, à l’origine d’un tel projet. Pourtant certains aspects du traitement de l’histoire prennent rapidement le pas sur d’autres, au détriment de la cohérence globale.

© Séverine Chauveau

Tout au long de la pièce, Jérôme Sauvion s’applique à donner vie à M. D. et nous conte l’histoire de ce touchant personnage, enfant pupille de la nation devenu adulte, en route vers ce qui s’apparenterait à un dernier voyage initiatique. Durant sa quête, M. D croise forêts, paysages enneigés… Autant d’éléments qui contribuent à créer un univers aussi joli que triste, pétri d’une ambiance onirique accentuée par l’accompagnement musical au violon et violoncelle. Une atmosphère dans laquelle on aimerait se plonger davantage. Hélas, à chaque fois que la magie prend, le récit est interrompu par le dialogue qu’entretient le narrateur avec ses trois élèves ingénues, dont le rôle consiste à enchaîner des remarques inutiles sur un ton totalement surjoué. De là s’instaure un dialogue un peu artificiel, frôlant parfois la misogynie, à défaut de drôlerie.

Mais ce que l’on retient surtout, c’est cette frustration de ne pouvoir suivre comme on le souhaiterait le périple de M. D., tantôt dessiné à la craie ou au fusain, tantôt conté. Finalement, on perd un peu du fil de l’histoire, qui nous échappe à caude d’un rythme sans cesse brisé. Le seul intérêt dans tout cela, c’est que, fatigué de chercher une unité qu’on ne trouvera pas, on en profite pour s’attarder sur les expressions propres à la langue des signes, langue riche et passionnante dont la gestuelle semble pourtant à certains moments presque en retrait. Quant au jeu des acteurs, on ne peut pas vraiment en juger puisque le spectacle oscille entre conte et dialogues forcés.

Au final, le Voyage de M. D. marque davantage par sa dissonance que par sa cohérence. Là où le spectateur est en droit d’attendre un ensemble plein, un moment d’art total avec un parti pris original, il découvre un univers parfois entravé et confus, où les différents arts ne s’accordent pas vraiment. On se perd donc dans ce road-movie théâtral à défaut d’y trouver sa route. 

Élise Ternat


Le Voyage de M. D., de Jérôme Sauvion

La Face nord Cie • 31, rue des Charmettes • 69100 Villeurbanne

06 86 46 92 53

chargedeprod@free.fr

Écriture, mise en scène : Jérôme Sauvion

Avec : Laure Becard, Raphaëlle Pacault, Bénédicte Vrignault, Jérôme Sauvion

Création lumière, régie générale : Pascal Nougier

Chargé de production : Franck Peyhugonin

Théâtre des Marronniers • 7, rue des Marronniers • 69002 Lyon

Réservations : 04 78 37 98 17

Du 8 au 27 avril 2009 à 20 h 30, dimanche à 17 h 30

Durée : 1 h 15

14 € | 11,50 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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