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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
L’acteur : ce héros !
Je suis en vacances et je rôde à Paris, quand l’envie d’aller au théâtre me rattrape. C’est alors que mon patron, compréhensif, me dit : « Ça va vous surprendre, je vous envoie tester l’humour camerounais. » J’avoue : un court instant, j’ai peur. Je ne suis jamais allée voir de one-man-show, j’ai des tas de préjugés sur la question, mais je dis « oui, bien sûr », car je suis une critique disciplinée, même en vacances. Je traverse Paris, j’ai mal aux pieds, je me perds évidemment, et je finis par trouver la salle, à l’heure. Soulagement. C’est alors que je me plonge avidement dans le dossier de presse de ce jeune humoriste. Il s’appelle Valéry N’Dongo, c’est sa première représentation en Europe, et on dit de lui qu’il est « mieux qu’un médicament ». Je reste perplexe…
Si ce que je lis ne me convainc pas vraiment, je suis séduite par l’atmosphère chaleureuse et détendue qui règne au
Tarmac de la Villette à l’heure de l’apéro. Mes humeurs s’adoucissent, je crois que je suis prête à entrer. Et je ne le regrette pas. Cet homme n’a selon moi rien à voir avec un médicament,
encore moins avec un de ces « djeunes » (prononcez le s, cela va de soi) « formés au “kwatt” (comprenez : quartier) pour “digérer la galère” » comme le sous-entend
un peu trop à mon goût la glose du Journal du Tarmac. Par ailleurs, cet homme n’est pas un débutant. Comme dirait les djeunes : c’est du lourd ! D’ailleurs, il n’est pas là
juste pour faire le « comique ». mais pour disserter sur la nuance qu’il établit entre le « comédien » et l’« acteur » Et il ne plaisante pas sur le sujet.
James Black, admirez l’onomastique hollywoodienne, va brosser un portrait sarcastique du cinéma, de la musique et des langues du monde en faisant voyager ses spectateurs déjà hilares sur les cinq continents. Il se contorsionne, meurt plusieurs fois, se fait tuer par le public armé symboliquement de bazookas et de fléchettes, ressuscite et en profite pour revisiter de nombreux sujets sans jamais être lourd ou décevant. On passe des commérages de nanas papotant sur les trottoirs de Douala au cinéma chinois, en faisant un détour par l’Inde pour arriver au rap américain. Ce Black au corps de rêve, « musclé jusqu’à la tête », en plus de nous réconcilier avec notre voisin, nous apprend du vocabulaire qui a un petit goût de soleil et nous glisse quelques références culturelles non négligeables, comme ça l’air de rien, en roulant les r et en me faisant les yeux doux. Je fonds.
Valéry N’Dongo, vous l’aurez compris, est bien mieux que tous les médicaments du monde. Cet Ulysse extraterrestre et un peu frappé, aussi cosmopolite que drôle, manie pendant plus d’une heure dérision et sarcasme avec douceur, musicalité, simplicité et bienveillance. Côté thérapeutique, mes pieds étaient guéris au sortir de la salle et mes humeurs totalement purgées. Mais mon tympan gauche a sans nul doute été endommagé par les éclats de rire plus que sonores de la salle, et mes zygomatiques tiraient un peu. Il paraît que pour vivre heureux, il faut varier ses poisons, et je vous conseille très, très, fortement de vous adonner à celui-là. ¶
Maud Sérusclat
Les Trois Coups
Valéry N’Dongo, de et par Valéry N’Dongo
Regard extérieur : Lotfi Achour
Tarmac de la Villette • parc de la Villette • 75019 Paris
Réservations : 01 40 03 93 95
Du 10 au 18 avril 2009, du mardi au vendredi à 20 heures ; le samedi à 16 heures
Également programmé les 21 et 25 juillet 2009, et les 18 et 22 août 2009 dans le cadre du festival Sautes d’humour organisé par le Tarmac
Durée : 1 h 10
16 € | 12 € | 5 €
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