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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 12:36

Non !


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


Depuis le 10 mars 2009 a débuté le festival Étrange cargo à la Ménagerie de verre, 25 soirées consacrées au théâtre et à la performance. « Épilogue d’une trottoire », du Mahorais Alain Kamal Martial, y est mis en scène par Thierry Bedard. Un spectacle que l’on n’a pas envie de voir.

Le texte est le long cri d’une femme, prostituée, pendant son agonie. Elle est en train de mourir sous les coups de son dernier client, qui lui troue le crâne et la nuque avec un caillou. De ce nouvel orifice, il crée un autre sexe, antre sanglant où recueillir sa jouissance. Et la femme, la trottoire comme elle se définit, de rassembler tout son corps, de sa chair à ses liquides, pour hurler sa vie et sa dignité. « Je ne veux pas croire que moi je ne suis pas une parole, je ne veux pas croire que la parole des nuits des viandes commerciales, nuits des meurtres gratuits n’est pas la parole, je ne veux pas croire que la parole ne peut pas tenir jusqu’au lever du jour. »

© Philippe Gaubert

Et moi, je ne veux pas que le théâtre ne m’élève pas. Je ne veux pas voir sur scène une femme éprouver la violence des coups. Je ne veux pas qu’on m’impose la place de spectateur silencieux. Je ne tolère pas que l’on défende une carcasse de douleur en utilisant la carcasse d’une comédienne. Je ne veux pas voir la comédienne pleurer par ce que son corps a réellement subi, voir son dos nu rougi et ses seins tendus d’avoir été triturés. Je ne comprends pas que, lorsqu’on pense qu’une telle voix doit nécessairement être entendue (en outre avec un texte d’une puissance et d’une beauté bouleversantes), on décide de porter ce cri à la scène en se servant de procédés que ce texte condamne, même s’ils sont distancés. Je n’accepte pas qu’une mise en scène ne me permette qu’une sensation de malaise sordide. Qu’on ne me donne qu’une réalité brute, que je sais exister, sans autre vision qui me permettrait d’avancer. En d’autres termes, il me semble que le théâtre peut s’inspirer du réel à condition de le transformer en matière artistique par un regard fécond.

Alors, non, je ne peux pas me joindre à ceux qui crient bravo à la fin du « spectacle », pour féliciter la comédienne d’avoir été meurtrie, d’être un martyr sacrifié du théâtre donné en pâture à nos yeux qui ne le demandent pas. Et pour absoudre le danseur d’avoir été l’interprète de nos haines. 

Claire Néel


Épilogue d’une trottoire, d’Alain Kamal Martial

D’après des conversations enregistrées auprès des prostituées du quartier de Tsaralalàna et des enfants des rues d’Analakely à Tananarive et la voix de Tata Rahely

Production : Notoire | de l’étranger(s), Paris ; Bonlieu, scène nationale d’Annecy

Mise en scène : Thierry Bedard

Avec : Marie-Charlotte Biais et Joao Fernando Cabral

Création sonore : Jean-Pascal Lamand

Lumière : Jean-Louis Aichhorn

Assistante : Angela Rajaonarivo

Assistant traducteur : Amir Antoy

Journal : Thérèse Troïka

Ménagerie de verre • 12-14, rue de Léchevin • 75011 Paris

Réservations : 01 43 38 33 44

www.menagerie-de-verre.org

Du 7 au 11 avril 2009 à 20 h 30

Durée : 1 h 15

13 € | 10 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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