Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 16:07

La fausse bonne idée


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Christian Schiaretti et sa troupe de Villeurbanne (T.N.P.) ont voulu remonter à la source du théâtre de Molière. On les comprend : Molière est d’une telle richesse ! Il pousse au rire tragique avec tellement de naturel ! L’idée n’était donc pas mauvaise : monter les pièces à canevas, qui, pendant treize ans sur les routes de France, ont été pour Molière, l’école de la dramaturgie. Oui, l’idée était loin d’être mauvaise… Quant au résultat, s’il n’est pas tout à fait raté, reste qu’il n’est pas à la hauteur de sa promesse.

Cinq pièces réparties en deux programmes : la formule 1, composée de Sganarelle ou le Cocu imaginaire, de l’École des maris et des Précieuses ridicules et la formule 2 qui nous intéresse ici : la Jalousie du barbouillé, le Médecin volant et les Précieuses ridicules. Comme vous pouvez le constater, il en est une qui revient deux fois. Normal : c’est la seule qui soit vraiment digne d’être portée au public… Que n’ont-ils présenté que les Précieuses ridicules ! Les deux pièces précédentes ne semblent que deux boulets attachés aux chevilles de la dernière… Hélas, c’est fatal, le spectacle prend l’eau !

Bien sûr, le texte de ces deux pièces courtes n’est pas fait pour porter des comédiens. Il s’agissait donc de retrouver un théâtre de corps, un théâtre de bruit, d’impulsion, d’interpellation. Les comédiens qui jouaient ces pièces dans des foires devaient intriguer le passant, créer une accroche qui le fasse rester. Bien sûr, Molière est pétri de commedia dell’arte. Il a connu Scaramouche, et la légende veut même qu’il ait été son élève. Bon, se dit alors M. Schiaretti, pour bien commencer, retrouvons l’espace. Il dresse donc des tréteaux à même la scène et tend un drap blanc sur une sorte d’échafaudage, qui sert de figuration de bâtiment. Pas de décors et très peu d’éléments de jeu (des chaises, une lanterne, guère plus) : les comédiens n’ont pas droit à l’erreur, tout le spectacle est sur leurs épaules !…

« la Jalousie du barbouillé » | © Christian Ganet

C’est ici que ça commence à coincer. Primo : pour que cela marche (que l’on parvienne vraiment à retrouver un spectacle proche de ceux du jeune Molière), il aurait fallu au moins que le public soit debout, et que les tréteaux soient quasiment montés sur le parvis du théâtre. Deuzio : il ne fallait pas laisser s’empêtrer ces pauvres comédiens, qui, manifestement, se sentent seuls dans leur jeu. Peut-être doivent-ils roder leur spectacle pour ne plus avoir peur du théâtre-tréteaux et parvenir à un niveau d’aisance où l’on sentirait une joie sans entraves ?

En réalité, on navigue dans un entre-deux (entre commedia et théâtre français, entre trivialité et cabotinage, entre grimace et rictus…), qui donne un effet assez comparable à une mousse au chocolat dont les blancs d’œuf retombent : ce n’est ni une crème ni une mousse. Ce n’est ni de la commedia ni du théâtre contemporain : c’est une tentative sans témérité.

Alors, oui, l’esthétisme est là comme une signature. Christian Schiaretti offre un théâtre régi par la règle fondamentale du beau visuel. Il y réussit. Toujours. Ici, les lumières, le squelette décharné de la structure scénique, le paravent-coulisses en arrière-scène, les déplacements, les costumes, participent d’une beauté visuelle simple et efficace. Mais, hélas, cela ne peut en aucun cas suffire : pour être vraiment ému, il nous en faut un peu plus.

Si la dernière pièce est une vraie surprise, foisonnante de trouvailles, originale et servie par des comédiens totalement entiers et présents, nous y arrivons tellement fatigués par l’heure d’ennui précédente, que cela ne peut que lui porter préjudice ! 

Lise Facchin


La Jalousie du barbouillé, le Médecin volant et les Précieuses ridicules, de Molière

Théâtre national populaire • 8, place Lazare-Goujon • 69627 Villeurbanne

04 78 03 30 00 | télécopie : 04 78 03 30 60

www.tnp-villeurbanne.com

Mise en scène : Christian Schiaretti

Avec : Laurence Besson, Olivier Borle, Jeanne Brouaye, Julien Gauthier, Damien Gouy, Aymeric Lecerf, David Mambouch, Clément Morinière, Jérôme Quintard, Juliette Rizoud, Julien Tiphaine et Clémentine Verdier

Conseiller littéraire : Gérald Garutti

Costumes : Thibault Welchlin

Lumière : Julia Grand

Maquillage et coiffure : Nathalie Charbaut

Directeur des combats : Didier Laval

Chant : Emmanuel Robin

Danse : Véronique Élouard, Maud Tizon

Habilleuse en jeu : Aude Bretagne, Adeline Isabel

Techniciens en jeu : Luis Carmona, Fabrice Cazanas

Théâtre 71 • 3, place du 11-Novembre • 92240 Malakoff

Réservations : 01 55 48 91 00

billeterie@theatre71.com

www.theatre71.com

Métro : Malakoff-Plateau de Vanves (ligne 13)

Formule 1 (Sganarelle ou le Cocu imaginaire, l’École des maris et les Précieuses ridicules : 3 h 25 avec entracte) : les 25 et 26 mars 2009 à 19 h 30, les 27 et 28 mars 2009 à 20 heures, le 7 avril 2009 à 19 h 30 et le 8 avril 2009 à 20 heures

Formule 2 (la Jalousie du barbouillé, le Médecin volant et les Précieuses ridicules : 2 h 20 avec entracte) : le 31 mars 2009 à 20 heures, le 1er et le 2 avril 2009 à 19 h 30, les 3 et 4 avril 2009 à 20 heures, le 5 avril 2009 à 16 heures, le 9 avril 2009 à 19 h 30 et le 10 avril 2009 à 20 heures. Intégrale (4 h 40 avec entracte) : le 29 mars 2009 à 15 heures

23 € | 16 € | 13 € | 11 € | 9 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher