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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 00:11

Le cirque fait son jeu

 

Le Cirque sans noms est devenu Cirque sans raisons pour un beau motif : le clown impassible est sur le point d’accoucher. Un heureux évènement qui a bien failli se produire sur la piste.

 

On retrouve l’ambiance intimiste et le décor composé de bric-à-brac qui est la marque de fabrique des trois artistes fondateurs. Les accessoires et les instruments de musique sont extirpés d’une cabane de chantier pour s’accumuler sur la piste. La troupe a rameuté pour l’occasion quatre amis venus soutenir la performance circassienne. Ils enchaînent les prouesses comme à leur habitude, avec l’air de ne pas savoir y faire. Ce qu’un œil distrait prendrait pour de la maladresse est en réalité de l’humilité. Les numéros de voltige sont chancelants jusqu’à ce qu’une double vrille arrière remette le réveil à la bonne heure. Ce sont de vrais numéros d’artistes.


L’arène se passe de chef et de mots. La communication passe par un minime haussement de sourcil, un petit geste de la main, un regard en coin, une pantomime légère. Leur volonté est de jongler sur le registre des émotions et de parler au cœur du public. C’est une belle idée de se situer ainsi dans l’ellipse là où, traditionnellement, on donne dans la démesure et l’hyperbole. Le numéro de jonglage avec des lampes pendues au bout de longues cordes est d’une poésie absolument magnifique. Le chapiteau se transforme par magie en un manège où volent des lucioles sur un air de boîte à musique.


© Marie-Claire Poirier


Beaucoup d’humour et de poésie encore avec ce numéro de danse entre l’acrobate et son violoncelle antropomorphe. De musicale, la portée devient chorégraphique, et le baiser final claque avec tendresse. Quand la troupe s’essaie à la magie, le décalage fait cette fois rire franchement. Les références musicales sont discrètement lisibles dans un habile medley : l’air des crocodiles, du rock, Hello Dolly, Fellini… On nous donne à voir du travail bien fait, dans une ambiance résolument familiale. Un enfant pleure parmi les spectateurs, et ils n’hésitent pas à tout arrêter pour aller le consoler. Quand ils ont recours à des trucages, la ficelle est intentionnellement si grosse qu’elle se voit comme un nez de clown au milieu de leur figure.


Le parti pris de mise en scène est de faire la part belle au hasard. Les numéros sont tirés au sort sur une grande roue de tombola. Le principe est séduisant, mais l’équilibre du spectacle est fragile. Parce que les séquences ne sont ni d’égale durée ni de forces constantes. Les intermèdes ont été prévus. La déviation du tir à la carabine pour crever le ballon sur la tête du clown est un grand classique qui marche toujours. La contorsionniste s’habille à l’envers comme le font les enfants de maternelle en posant leur vêtement au sol. Néanmoins, l’enchaînement du spectacle ne s’effectue pas à un rythme suffisamment soutenu. On le sent un peu « vert », comme les pièces de théâtre insuffisamment rôdées. La tension se relâche et perturbe l’attention de la salle qui s’étonne d’entendre déjà annoncé le dernier numéro.


Quelques séquences ont été jouées deux fois parce que la flèche les a désignées à plusieurs reprises. Il a même fallu tricher pour éviter une troisième redite. Par contre, plusieurs autres ne seront jamais montrés au public : sangles aériennes, mât chinois, roue Cyr… C’est dommage. Quand on a comme eux le souci de la théâtralisation, autant tirer les ficelles jusqu’au bout, et limiter la part d’improvisation aux intermèdes. Mais nous leur pardonnerons d’avoir un peu la tête ailleurs. Le futur bébé est si proéminent sous le tee-shirt noir d’Amandine que la surprise a été ce soir qu’il veuille bien attendre encore un peu pour se produire sur scène. 


Marie-Claire Poirier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Bouts de rien

Cirque sans raisons

Mise en scène et en musique : Cirque sans raisons

En piste : Yann Grall, Fitou Jebejian, Janju Bonzon, Amandine Morisod, Luc Grall, Romain David, Julie Garnier

En technique : Stéphane Cortial

Diffusion : Agence Kaléïdoscop | 01 40 31 14 10

Espace Cirque d’Antony • rue Georges-Suant • 92160 Antony

01 46 66 02 74

www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr

Du 28 mars au 5 avril 2009 à 20 heures, dimanche à 16 heures, mercredi à 15 heures

Durée : 1 heure, selon le hasard du tirage

22 € | 16 € | 10 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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