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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 20:55

Qu’aurait fait Clint
dans ce western écologique ?


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


N’ayant pu assister à la première version de « la Mort, le Moi, le Nœud » en 1985-1986 avec la troupe initiale du Café de la gare pour cause de caprice de mon frère qui a eu le bon goût de naître en Provence au même instant (phrase trop longue, respiration), je me suis dit : « Ne loupons pas la reprise ! ». (Ouf !) Sotha, cofondatrice du lieu, met de nouveau en scène sa pièce avec une belle équipe : pas moins de neuf comédiens enjoués – sans jeu de mots – sur le plateau.

Le Café de la gare fête ses quarante ans. Il a émigré il y a bien longtemps du quartier de Montparnasse pour se lover dans une grande cour intérieure de la rue du Temple. Une cour où il fait bon traîner avant d’aller voir le spectacle, à la terrasse du restaurant, déjà spectateurs ravis par l’activité qui grouille ici. Des fenêtres ouvertes s’échappe un mélange charmant de musiques orientale, flamenco ou indéchiffrable, et sur ce tricot de notes, on voit s’entraîner des danseuses en herbe derrière des rideaux transparents. Vingt-deux heures, il est temps, maintenant, de découvrir le pur western de Sotha.

Comme tout western digne de ce nom, il se passe dans un village de l’Ouest américain avec ses pionniers, son auberge, ses histoires d’amour et de famille, et surtout ses mystérieux cow-boys étrangers envoyés pour faire passer un train. À la différence de tout western à la mord-moi-le-nœud, il y a une centrale nucléaire à l’horizon et des séducteurs qui voudraient prendre leur retraite. Deux clans s’affrontent depuis que la reine d’Autriche est née, c’est dire si ça date. La famille Rukstule, une mère et ses deux filles, têtues et magnifiques. La famille Keller, des hommes, des vrais : un fermier étalon, un jeune costaud irradié un peu déglingué mais très cultivé (cocasse Frédéric Bonpart), et un juge de paix fataliste. Trois hommes débarquent avec l’ambition de faire venir les rails jusqu’à ce village reculé. Ils devront convaincre avec leurs talents de Don Juan (Éric Le Roch incarne une forme d’hystérie masculine désopilante) et de tueur à gages.

J’ai mis un peu de temps à entrer dedans, voyant plus les imperfections du spectacle que ses qualités. Je constatais au lieu d’être portée, et le propos des personnages ne me parvenait pas. J’avais plus l’impression que les acteurs voulaient (avec générosité) nous rendre claires les choses au lieu de les vivre. Je remarquais que deux conversations simultanées étaient bien calées mais difficiles à suivre, vides de continuité… Le trac, peut-être ? Toujours est-il que ça n’a pas duré, et tant mieux ! La pièce invente son univers et fait finalement mouche. Nous sommes comme trimbalés entre deux époques, deux langages ou deux traits de caractère contraires à l’intérieur du même personnage. L’incongruité est au rendez-vous et l’humour y tisse finement sa toile. Les personnages sont embrouillés dans des histoires compliquées, mais ils ne se prennent pas au sérieux, bien qu’ils adorent citer Shakespeare ou encore Lévi-Strauss. On peut rire simplement et intelligemment, non non !, ce n’est pas antinomique, et, si vous le pensez, éteignez plus souvent votre télé. Ça fait du bien de voir un spectacle où les mots divertissant et débilisant ne sont pas associés.

L’appétit des acteurs est palpable bien au-delà de la soupe qu’ils préparent sur la scène. En bon plat qu’ils auraient cuisiné avec amour, ils nous servent leur histoire avec les meilleurs ingrédients, et le désir que nous nous régalions. Neuf comédiens joueurs sur le plateau, et c’est la farandole de desserts ! 

Claire Néel


La Mort, le Moi, le Nœud, de Sotha

www.lammn.com

Mise en scène : Sotha

Avec : Manon Rony ou Odile Huleux, Læticia Vercken, Véronique Barrault, Philippe Elno, Timothée Manesse, Éric Le Roch, Pierre-Jean Chérer, Frédéric Bonpart, Philippe Manesse

Décors : Niels Zachariasen

Costumes : Sotha

Musique : (de western) et Sarah Manesse

Café de la gare • 41, rue du Temple • 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 52 51

Du 25 mars au 20 juin 2009 à 22 heures du mercredi au samedi ; à 15 heures aussi les samedis d’avril ; à 17 heures les dimanches d’avril ; à 21 heures le dimanche 14 juin 2009 (anniversaire du Café de la gare)

Durée : 1 h 30

24 € | 20 € | 15 €

12 € pour tous jusqu’au 12 avril 2009

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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