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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 13:20

Un jubilatoire voyage poétique dans les noirceurs de l’âme humaine


Par Camille Gaubert

Les Trois Coups.com


Les jeudi 25 et vendredi 26 mars 2009, le Théâtre Jean-Vilar a proposé une création de Frédéric Roudier à partir de l’œuvre fascinante du célèbre comte de Lautréamont, « les Chants de Maldoror ». Ce spectacle intitulé « Maldoror » apparaît comme une lecture très personnelle de la prose poétique de ce faux comte du xixe siècle.

« Enveloppé dans un long manteau noir », Maldoror, personnage romantique et misanthrope, ne vit que pour le mal. Frédéric Roudier le fait, ici, exister admirablement, mais à travers une adaptation assez subjective. Après tout, la poésie de Lautréamont est complexe et d’une forme assez tortueuse, qui nécessite une adaptation pour être mise en scène. Le spectacle de Frédéric Roudier est donc le fruit de larges coupes dans les Chants de Maldoror, afin de créer un ensemble cohérent qui puisse être visible et compréhensible par le public.

Frédéric Roudier a alors introduit artificiellement une narration et une temporalité pour donner une unité. C’est ainsi qu’une intrigue apparaît : il s’agit d’une « histoire [qui] serait celle d’un homme face à lui-même, insomniaque volontaire se laissant aller à rêver éveillé. Ce seraient deux personnages n’en faisant qu’un, l’homme qui rêve éveillé et l’homme rêvé par l’homme qui rêve éveillé ». Maldoror est donc le récit d’une nuit tourmentée de Lautréamont que Frédéric Roudier s’imagine en train de rêver les pérégrinations du cruel Maldoror.

« Maldoror »

Par conséquent, le public se doit d’accepter ce montage textuel arbitraire pour pouvoir apprécier pleinement le spectacle. Or, il faut dire que les liaisons sont faites avec finesse et que l’univers créé de cette façon est plutôt convaincant. La mise en scène mêle avec brio le jeu du comédien, le dessin animé, la bande sonore, et des artifices représentant des animaux. Quant au comédien, seul sur scène, il regorge d’énergie et fait exister, grâce aux moyens techniques, le merveilleux sombre du monde où déambule Maldoror.

Il donne ainsi à voir le personnage-ersatz de Lautréamont qui rêve éveillé et sa créature, c’est-à-dire Maldoror lui-même. Ce dernier accomplit des crimes, discute avec de répugnants animaux envoyés par Dieu et exprime « des paroles insensées, quoique pleines d’une infernale grandeur ». En outre, le Maldoror de Frédéric Roudier est délicieusement méchant, et l’utilisation de la vidéo et du son permet de faire exister autour de lui son univers à l’esthétique si particulière.

Néanmoins, il faut ajouter que ce spectacle n’est pas déconseillé aux moins de quinze ans pour rien. En effet, le charismatique Maldoror prend son public à partie, ce public qu’une lumière désigne parfois comme son interlocuteur réel. Le spectateur s’enfonce alors dans son fauteuil, mais il ne peut échapper à Maldoror et à ses pensées malsaines quoique pleines de vérité. Il s’angoisse à l’idée de côtoyer de si près un être aussi cruel et haineux envers le genre humain. Car pour Maldoror, l’homme est fondamentalement et irrémédiablement mauvais. Malgré tout, l’humour est présent, même empreint de cynisme. Celui-ci a sa place dans le texte de Lautréamont, mais Frédéric Roudier le souligne davantage par son jeu et sa mise en scène distanciés. Maldoror, ce personnage maladivement méchant, devient donc ridicule, bien qu’il nous ressemble.

En définitive, le Maldoror de Frédéric Roudier est un spectacle savoureux, plein de perversité jubilatoire et d’humour noir. Il possède aussi une certaine esthétique qui tend à rendre audible et visible la poésie sombre des Chants de Maldoror

Camille Gaubert


Maldoror, de Frédéric Roudier, d’après les Chants de Maldoror de Lautréamont

Compagnie la C.C.C.P. (Cie La Chèvre à cinq pattes) dans le cadre de sa résidence triennale au Théâtre Jean-Vilar

Adaptation, jeu : Frédéric Roudier

Conception : Frédéric Roudier et Alexandra Ancel

Regard extérieur : Élodie Buisson

Illustrations : Alexandra Ancel

Animation et montage vidéo : Alexandra Ancel et Bérénice Belpair

Création lumière, régie générale : Thomas Godefroy

Création, régie sonore : Gérald Chevillon

Costumes : Marcelle Guerrero

Avec les voix de : Élodie Buisson, Philippe Goudard, David Léon, Maëlle Mietton, Richard Mitou, Tanguy Trillet

Théâtre Jean-Vilar • 155, rue de Bologne • 34080 Montpellier

04 67 40 41 39

Le jeudi 26 mars 2009 à 19 heures et le vendredi 27 mars à 21 heures

Durée : 1 h 15

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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