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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 00:43

Un concert : deux hommes
et une machine


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Le monde est petit. En septembre 2006, j’écoutais au Rockstore, à Montpellier, le Tokyo Ska Paradise Orchestra, dont Asa-Chang a été le fondateur. Mais, à vrai dire, quelle distance d’une musique à l’autre ! L’effervescence frénétique du groupe qu’il a quitté (tout de même depuis 1993) et ce qu’il a donné à entendre avec ses deux partenaires (U-Zhaan, tablaïste traditionnel, et Junraytronics, le sound system derrière lequel disparaît Hidehiko Urayama) sont des univers bien différents.

Comme beaucoup, sans doute, je suis venue voir Asa-Chang & Junray après l’écoute de Hana. Et, à vrai dire, j’attendais que le concert fût dans le ton donné par le titre, qui rencontra un réel succès en Angleterre en 2002. Si, bien sûr, les cordes usent des ficelles romantiques, j’avais trouvé aux deux voix mêlées et à la rythmique des tablas un aspect inattendu et étrange, qui conférait à l’ensemble une sonorité nouvelle. J’ai été conquise et je le demeure. Néanmoins, Hana est arrivé en toute fin. Je fus un peu désappointée quand Asa-Chang annonça the last song. Un rappel a permis d’entendre des morceaux d’une même intensité, mais il est dommage que tout le concert n’ait pas été de cette nature.

Ils sont arrivés, pieds nus, et se sont installés sur l’estrade, en tailleur. Possibilité de concert intimiste. Un éclairage bleu oriente les regards. Du premier morceau, je retiens, sur le fond d’une voix féminine préenregistrée, la frappe des cymbales, de la tranche sur la face intérieure, qui donne une sonorité claire et profonde. Le second morceau fait encore dialoguer avec Junray, qui a souvent la part belle mais dont je regrette qu’il ne soit qu’une machine, et les cuivres des deux instrumentistes. La succession des standards qu’émet l’électronique est interrompue par les deux musiciens présents, comme provoquant la discontinuité de l’œuvre.

« Asa-Chang & Junray » | © Éric Bossick

Appréciable, une autre composition, qui joue du dialogue de l’instrument et de la machine, laisse grandir le naturel d’une vague qui submerge et met fin aux interventions des cuivres. Intéressante (même si l’expérience préexiste en musique contemporaine) la synchronisation des mots japonais et la frappe des tablas : la phrase devient alors pur matériau rythmique.

L’ensemble proposé par Asa-Chang & Junray est resté longtemps de facture expérimentale avant de nous emmener vers le voyage souhaité. Une certaine gêne provient probablement d’une présence assez lointaine. Junray prend quelquefois davantage de place que les instrumentistes. Ceux-ci portent d’ailleurs régulièrement leurs regards vers le sound system à l’arrière. Il en reste l’impression que la machine prédomine souvent au détriment des musiciens. Le voyage lumineux annoncé a bien eu lieu, mais il s’est fait quelque peu attendre. 

Fatima Miloudi


Asa-Chang & Junray

Percussions, trompette, chant, Junraytronics : « Asa-Chang » (Hirokazu Asakura)

Tabla, guitare, chant : « U-Zhaan » (Hironori Yuzawa)

Ingénieur son : So Suwa

Théâtre de Nîmes • 1, place de la Calade • 30000 Nîmes

Réservations : 04 66 36 65 10

Samedi 28 mars 2009 à 20 heures

Durée : 1 heures

22 € | 20 € | 13 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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