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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 14:42

Les Giboulées font la pluie
et le beau temps
de la marionnette


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Comme chaque année, c’est avec le printemps qu’arrivent les Giboulées de la marionnette. La programmation de cette vingtième édition se révèle aussi revigorante que les précédentes. 21 compagnies de cinq pays se sont partagé l’affiche pour 57 représentations au total. Tremplin pour les jeunes talents, lieu de référence pour les artistes confirmés, carrefour de la création, cette manifestation est désormais incontournable.

Pour cette nouvelle édition, Grégoire Calliès (par ailleurs directeur du Théâtre Jeune Public qui organise le festival) et son équipe ont encore puisé dans le meilleur de la création internationale. Des artistes réputés ont côtoyé des compagnies émergentes (dont les noms sont à eux seuls de bon augure), voire de jeunes diplômés de l’E.S.N.A.M. (École nationale supérieure des arts de la marionnette de Charleville-Mézières). La région Alsace, très active en la matière grâce au soutien du Conseil général et des structures coproductrices comme le T.J.P. Strasbourg, a été largement représentée avec plusieurs compagnies originaires de cette région. Mais de nombreuses autres compagnies sont aussi venues des quatre coins du monde : Québec, Pays-Bas, Belgique, Suisse, Estonie, Israël.

Mariant sans complexe les ressources de la tradition et les audaces de la scène contemporaine, les formes sont diverses : gaines (lyonnaise ou chinoise), tringles, marionnettes portées, manipulation à vue, mais aussi théâtre d’objets, théâtre d’ombres, vidéo. Les Essais ont même pris l’allure d’un concert rock pour marionnettes ! Tout était permis, y compris les innovations les plus improbables comme la « brico-luminologie ». Ces compagnies, animées par un réel plaisir de « fabriquer », sont souvent au carrefour de plusieurs disciplines. On a d’ailleurs retrouvé le Cabaret capharnaüm, dont on déjà dit beaucoup de bien, qui creuse la relation entre le clown et la marionnette. Autre alchimie féconde que celle du Théâtre de Maan, faisant rencontrer une danseuse et un marionnettiste.

Spectacles aux allures de performance, avec ou sans paroles, avec ou sans travail apparent du corps, tout est possible en matière de marionnette. Que ce soit du théâtre épique ou d’images, les acteurs peuvent cohabiter sur le plateau avec les objets les plus extraordinaires, les créatures les plus étranges, pantins en bois, poupées de chiffon, figures en papier… Au service de cet art ancestral : de multiples savoir-faire ancestraux et les nouvelles technologies. Les inventions sont sans cesse renouvelées, comme ce castelet mécanisé (conçu par Frédéric Marquis pour le T.J.P.), qui cherche à faire perdre les repères visuels du spectateur. Recherches plastiques et innovations sonores témoignent aussi de l’esprit créatif qui préside à cet art. Le Théâtre de marionnettes de Tallinn est à ce titre exemplaire. Un point commun à tout ce fatras : le degré d’exigence. En effet, la rigueur et la discipline sont des qualités indispensables à l’épanouissement de cette forme artistique. Inlassablement, la recherche du geste et du regard se doit d’être signifiante, juste.

« Mon Pinocchio » | © Jean Massard

Faisant marionnette de tout, comme Vitez que le Théâtre aux Mains-Nues (Éloi Recoing) a d’ailleurs mis en effigie, les artistes ont puisé dans le fonds littéraire : Beckett par le Théâtre Méga Pobec, Montaigne par le Théâtre du Sous-marin-Jaune, Virginia Woolf mis en scène par Amit Drori. Les mythes et contes modernes ont également beaucoup inspiré. Outre l’incontournable Pinocchio dont s’est emparé la fameuse Cie Jean-Pierre-Lescot, on a trouvé Alice échappée de Lewis Caroll (Cie des Elles au bout des doigts), Robin des bois (Théâtre Tohu-bohu), Don Quichotte (La Nef-Manufacture d’utopies), Doctor Frankenstein (Théâtre Taptoe). Un répertoire riche qui invitait au voyage, dans le temps et dans l’espace. Ainsi, Grégoire Calliès a mis en scène la Petite Odyssée 1 et 2 (le troisième épisode verra le jour en automne 2009). Un récit initiatique, dans lequel les personnages traversent l’Europe, à la découverte de notre histoire, depuis le Moyen âge jusqu’au monde moderne. Périples au long cours, aventures d’un jour nous ont entraînés vers des ailleurs merveilleux ou angoissants.

La marionnette fait voyager, car elle raconte des histoires, comme le directeur des Giboulées se plaît à le rappeler : « Non pas des contes de fées, mais des histoires qui construisent, qui aiment, qui espèrent, qui désirent. Qui pleurent aussi ! ». Par exemple, dans le Meunier hurlant, la compagnie Tro-héol, en quête d’une humanité plus tolérante, a montré comment une communauté parvient, par peur ou par bêtise, à générer ses propres monstres.

« le Vieil Homme et la Louve » | © Eesti Riiklik Nukuteater

Qu’elle interroge le monde dans lequel nous vivons ou qu’elle remue notre part d’enfance, la marionnette touche un public de plus en plus large. Pas seulement les enfants ! Depuis la subtile association d’idées d’images et de sensations pour Plein de petits riens (compagnie Lili désastres), qui s’adresse aux plus petits, jusqu’à la proposition excessive du Stuffed Puppet Theater, dont la fable grinçante et écologique parle beaucoup aux adolescents friands de carnavalesque, la programmation a pu satisfaire tous les publics, de 18 mois aux plus âgés. Et de nombreux spectacles ont présenté plusieurs niveaux de lecture.

Réflexion, engagement, humour et poésie, il y en avait donc pour tous les goûts. Des histoires dont on ne veut pas perdre le fil, des songes qui nous rendent la vie plus fréquentable, des parcours sensibles qui nous proposent de belles découvertes, voilà autant d’invitations à méditer ou à rêver. Le théâtre de marionnettes est un des domaines les plus inventifs du spectacle vivant. Les Giboulées sont là chaque année pour nous le rappeler. 

Léna Martinelli


Giboulées de la marionnette, festival

Théâtre Jeune Public-C.D.N. d’Alsace • 1, rue du Pont-Saint-Martin • 67000 Strasbourg

Du 20 au 28 mars 2009

Inauguration le 20 mars 2009 à 17 h dans le hall d’accueil de la C.U.S. (communauté urbaine de Strasbourg)

23 spectacles programmés dans une quinzaine de lieux (T.J.P., T.N.S., Pôle Sud, PréO-Oberhausbergen, Cheval blanc-Schiltigheim, salle du Cercle-Bischheim, médiathèques et halls de la C.U.S.)

De 5,50 € à 15 €

Carte passion Giboulées (donne accès à 4 spectacles) : 40 € | 22 €

Programmation détaillée, renseignements et réservations :

www.theatre-jeune-public.com

03 88 35 70 10

Giboul’Off au Molodoï du 26 au 28 mars 2009

Renseignements : 03 88 30 20 64

http://festivalgiboulees.over-blog.com/

Exposition Pérégrinations d’un scénographe, Jean-Baptiste Manessier

Hall d’accueil de la C.U.S., place de l’Étoile

du lundi au vendredi de 9 heures à 18 h 30 et le samedi de 9 heures à 12 heures • entrée libre

L’Apéro : artistes et public se retrouvent autour d’un verre à La Petite Scène (T.J.P.), tous les soirs de spectacle à 18 heures

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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