Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 23:27

Déroutant…


Par Antoinette de Vannoise

Les Trois Coups.com


Du rouge, du noir et du blanc, voilà ce qui nous attend lorsque nous pénétrons dans la petite salle du théâtre des Déchargeurs. Seul un léger voile noir nous sépare des quatre acteurs qui attendent patiemment, assis sur la scène, prêts à nous faire le récit de leurs « crimes exemplaires »… On y entre à la fois enjoué d’assister à une pièce et angoissé de ce que l’on va voir. Et l’on en ressort dérouté, par un spectacle qui a eu pour refrain : « Tuer, tuer sans pitié afin d’avancer, afin d’aplanir le chemin… » et qui a osé nous déranger en nous demandant à plusieurs reprises, en nous montrant du doigt : « Vous ! Vous n’avez jamais tué personne par ennui, parce que vous ne saviez que faire ? C’est amusant ! ».

Quatre acteurs incarnent des personnages que l’on rencontre tous les jours, que l’on croise dans la rue, dans les transports, dans notre entourage, dans notre maison et dans notre miroir. Des gens ordinaires à qui il arrive des choses ordinaires et qui ont tué ceux qui les dérangeaient comme s’ils avaient fait quelque chose d’ordinaire. On se retrouve plongé dans une cacophonie d’homicides volontaires, et l’on ne s’en étonne plus. Le meurtre nous est alors présenté comme une chose simple et justifiée par les petits agacements quotidiens, comme la façon la plus naturelle d’« en finir avec ce qui dérange pour qu’il en aille autrement ».

Durant le spectacle, l’atmosphère est angoissante, parfois gênante, voire oppressante. Une tension monte dans la salle, à mesure que l’on assiste aux meurtres factices des personnages qui, entre eux, ne s’écoutent pas, ne se supportent pas, et qui, de manière ironique et parfois sadique, nous racontent les récits de leurs actes. On se sent menacé, mal à l’aise près de nos voisins, on se sent voyeur car l’on écoute tout, sans se révolter. Et alors on rit parce que, autrement, ça serait insupportable.

« les Crimes exemplaires » | © Andrea Fernandez

Cependant, les coupures radicales qui surgissent parfois, où, sans transition, une ambiance festive et bon enfant fait irruption, permettent au public de rire enfin de bon cœur et de soulagement, en dégustant les bonbons qu’on lui envoie. Le second degré fait alors son apparition, on prend tout cela en riant, on s’amuse à deviner la façon dont chaque nouvelle histoire trouvera sa fin, fatale sans exception. En tout cas, la pièce jamais ne s’effondre sous la lourdeur de son sujet, sans cesse relevée par les touches d’humour habilement parsemées par l’auteur, Max Aub, et assurément maîtrisées par le metteur en scène, Alexis Lameda-Waksmann.

De leur côté, chacun des acteurs s’empare du texte, d’une originalité acerbe ; ils se le disputent, se l’arrachent ou s’en débarrassent, comme s’il s’agissait d’un objet aussi brûlant que désirable, le faisant sans arrêt rebondir et avancer dans sa course folle. On peut regretter cependant parfois un jeu qui sonne faux à l’oreille. Quant à la mise en scène, elle ne manque pas d’ingéniosité, d’idées amusantes et variées, qui rendent à la noirceur de la pièce tout son côté humoristique, grâce à quoi le public rit bien volontiers durant le spectacle.

Cette pièce vient s’adresser au meurtrier qui dort en nous et qui se réveille furieux lorsque l’autre nous envahit de manière intolérable, parfois simplement par sa présence près de nous. C’est l’accomplissement indécent de tous les meurtres que l’on aurait pu imaginer, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, c’est le miroir de notre âme. Et c’est en ceci que cette pièce, qui ferait sans doute le délice des amateurs d’humour noir, d’originalité et de tous les curieux, est parfaitement déroutante. 

Antoinette de Vannoise


Les Crimes exemplaires, de Max Aub

Mise en scène : Alexis Lameda-Waksmann

Assistante à la mise en scène : Louise Dudek

Avec : Alexis Lameda-Waksmann, Majid Chikh Miloud, Charlotte Hirsch, Camille Champagne

Scénographe : Damien Cimma

Son : Florian Billon

Les Déchargeurs • 3, rue des Déchargeurs • 75001 Paris

01 42 33 02 90

info@lesdechargeurs.fr

www.lesdechargeurs.fr

Métro : Châtelet

Parking La Belle Jardinière (forfait théâtre 5 heures | 5 €)

Réservations : 0892 70 12 28 (0,34 €|min)

Du 24 mars au 2 mai 2009 à 20 heures, du mardi au samedi

Salle Vicky-Messica

Durée : 1 h 15

18,5 € | 15,5 € | 13,5 € | 25,5 € tarif duo

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Crimes Exemplaires 28/03/2009 12:47

Le site de la pièce : crimes.exemplaires@overblog.com

Rechercher