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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 22:44

Premières découvertes,
belles rencontres

 

Au Théâtre de Nîmes, L’Expérience japonaise commence. La salle est comble et, bien que divers, le public rassemble tout de même les adultes branchés de la ville. On sent que l’évènement est attendu et que le désir de goûter à une semaine très particulière est fort vif. Kentaro, présenté comme « danseur phénomène perturbateur imprégné de culture urbaine et électronique » précède le groupe Y.M.C.K., dit « fer de lance du mouvement 8 bits ». Un très bon début d’expérience.

Phénomène de la danse, sans doute Kentaro l’est-il. Perturbateur, bien entendu, en ce sens qu’il défait les frontières. Il n’y a pas avec lui de cloisonnement. Il n’est plus lieu de maintenir les barrières et les typologies. Qu’il ait appris la danse à l’école de la rue est un atout. Il y a en lui non seulement une connaissance des codes, mais une envie évidente de transcender les limites et de faire se rencontrer les genres. À lui seul, il est un condensé de culture contemporaine. Il s’est approprié tous les styles et il joue de la diversité. Car, effectivement, espiègle, il joue. On sent, même si tout cela est la marque d’un grand travail et d’une parfaite maîtrise technique, que Kentaro s’amuse. Il aime étonner.

« Kentaro » | © Éric Bossick

Avec humour, sur la reprise My Name Is Kentaro, il reproduit les mouvements hachurés d’un disque rayé ; alors qu’il a installé un temps suspendu dans un jeu de figures reproductibles, tout à coup, il devient poule et déclenche le rire. Le ton change continuellement. Sa force tient à cette étonnante capacité à tout traverser et à toucher à des émotions diverses. Comme pour les genres, il accorde à chaque partie du corps une place égale. À des moments où tout le corps est virtuosité succèdent des temps où l’une ou l’autre partie devient instrument privilégié et soliste. Mains, doigts même, jambes – dans ce déplacement du corps, jambes pliées, dressées sur les talons, ou lorsque, enfant, dos au sol, jambes en l’air, on gesticule –, fesses – à la fois récepteur et propulseur du mouvement –, tête, yeux encore, et jusqu’au cœur, centre de l’énergie, dont il nous mime les battements. Tout, dans le corps, est danse. À lui seul, multiple Kentaro. Et cela jusqu’au rappel et la grâce du salut.

Rythmes primaires, couleurs primaires. Voilà campé l’univers dans lequel nous emporte Y.M.C.K. : « Soyez les bienvenus dans le monde du rêve et de la sorcellerie qui vous rappellera votre enfance ». Nîmes, petit point sur la carte du monde, est ce lieu, pour un soir, d’invitation au voyage dans la galaxie des jeux vidéo. Et Midori, la chanteuse, nous enjoint de la suivre. Robe jusqu’au-dessus des genoux, petit képi d’hôtesse de l’air, hautes bottes blanches à boutons rouges. Voix gracile, candeur sans mièvrerie. Malicieuse comme ses deux acolytes. Costume vert pour l’un, costume bleu pour l’autre. R.V.B., la tenue de nos trois héros qui apparaissent dans leur monde pixellisé. Leur nom : Y.M.C.K., couleurs primaires en synthèse soustractive : yellow, magenta, cyan, khol (black). Pensé, jusque là. De la limitation et de la restriction naît l’imaginaire.

Y.M.C.K. | © Éric Bossick

La musique 8 bits, dite encore chiptune, trouve ses inconditionnels parmi la génération des premières Nintendo, celle des années quatre-vingt. Et les mordus de jeux vidéo auront retrouvé, à l’écoute des mélodies simples mais hypnotisantes, quelquefois grinçantes ou métalliques, toute l’ambiance des aventures dont ils se voyaient eux-mêmes les héros. Car c’est de voyage qu’il s’agit, en train, en montgolfière, dans l’espace, même sur des plaques de chocolat, tels des tapis volants. Certains ont ri, par exemple devant Space Invadors ou devant Tetrominon. Rires de souvenirs d’enfance. Mais ce n’est pas tellement de nostalgie qu’il s’agit. Au contraire, le son technologique évoque, via le souvenir, la modernité d’une musique qui prend sa source dans l’archéologie des premiers ordinateurs. Petit clin d’œil des Japonais pour les Français : une reprise de Claude François, traduite en japonais, avec en regard du chanteur et de ses Claudettes, une version pixellisée et une version scénique. Une expérience à continuer. 

Fatima Miloudi


Kentaro ! - danse

Chorégraphie, danse : Kentaro Inoue

Ingénieur lumière : Itto Yoshida

Y.M.C.K. - musique

Chant : Midori Kurihara

Musique : Takeshi Yokemura

Vidéo : Tomoyuki Nakamura

Théâtre de Nîmes • 1, place de la Calade • 30000 Nîmes

Réservations : 04 66 36 65 00

Mardi 24 mars 2009

Durée : 1 h 30

22 € | 20 € | 13 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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