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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 17:50

Ça tourne


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Mât chinois ou pendulaire, équilibre sur fil ou tissu, bascules coréennes… le spectacle balance entre réel et imaginaire. En proposant à Georges Lavaudant et Jean-Claude Gallotta de confronter leur univers au talent de leurs étudiants, le Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne hisse des passerelles entre les différentes formes d’art. Jouant du décalage, usant de l’acrobatie comme discipline centrale, le metteur en piste intègre l’exploit à son discours et initie, de la sorte, une dramaturgie de la prouesse, non sans clins d’œil ni réminiscences.

20e / première : le titre sonne comme un clap de cinéma. Lavaudant vient du théâtre (il a quitté ses fonctions de directeur de l’Odéon en 2007), mais sa formation s’est d’abord accomplie par le septième art. Pas étonnant, alors, qu’il truffe sa mise en piste de références au cinéma, de Wong Kar-wai aux frères Dardenne. Mais, parce que le cirque contemporain aime les métissages, deux autres artistes ont été sollicités pour collaborer au spectacle de cette 20e promotion : le chorégraphe Jean-Claude Gallotta et Moïse Touré. C’est l’occasion, stimulante, de confronter plusieurs univers artistiques.

Abordant la mise en scène sans parti pris ni certitudes, visant une « poésie physique », Lavaudant a travaillé au plus près des artistes pour valoriser leurs acquis, révéler leur potentiel. Suspendus à un mât chinois ou pendulaire, en équilibre sur un fil, en bascule, en vrille le long d’une corde volante ou au sol, ces étudiants domptent l’effort jusqu’à oublier la gravité. As de la voltige, acrobates en diable, funambules (masculin sur fil tendu, féminin sur corde souple), ils ne manquent ni de talent ni d’humour. La fausse nonchalance des garçons ne doit pas masquer une grande précision dans les numéros à bascule, bijoux de virtuosité. Ils s’envoient en l’air avec une belle énergie, soutenus par les cris du public surpris par tant d’inventivité.

Ils sont douze, souvent rassemblés sur la piste, et il faut que ça tourne. La force de cet organisme vivant réside dans l’intense mouvement d’ensemble, mais aussi dans la juxtaposition des prouesses individuelles. Comme celle de Sarah Trägner, qui réalise sur son fil souple, poirier, grand écart et autres galipettes avec une facilité déconcertante. Le rythme est très travaillé. Le spectacle, déjanté au début, alterne scènes très dynamiques avec moments plus calmes. Les séquences chorégraphiques, bien que déliées et exigeantes pour ces non-danseurs, permettent d’autres sortes d’envolées, plus lyriques. Vraiment, ça balance bien.

© Philippe Cibille

Performances collectives ou simultanées, longs plans-séquences, fondus enchaînés, gros plans soignés, tout le vocabulaire cinématographique est exploité afin de présenter des fragments de cette aventure. Pour ce spectacle ont été collectés ici des bouts d’histoires, là des élans de désir. Prouesses physiques. Pensées en mouvement. Le spectacle manque de fil rouge. Pourtant, tout tient debout – si l’on peut dire – grâce à une bande-son très présente, qui associe mélodies, bruit incessant du projecteur, bribes de dialogues, langues d’ici et d’ailleurs. Grâce aussi au beau travail des lumières teintées de couleurs sombres ou vives, celles d’un monde en éclats. Composante majeure du spectacle, l’éclairage fonctionne comme un révélateur du spectacle, au sens photographique du terme.

Le choix de ces agrès (fils horizontaux, mâts et tissus verticaux) assure un bel équilibre. On en a plein la vue. De haut en bas et de bas en haut. Les corps musclés sont remarquablement mis en valeur. Reste qu’avec ces jeunes si prompts à l’autodérision, Lavaudant a dû rester léger. Voltige oblige ! Malgré les risques, l’humour se glisse là où on ne l’attend pas. Ces jeunes-là ne se prennent pas au sérieux. Un vent de révolte a longtemps soufflé sur le cirque, histoire d’imposer une nouvelle façon de voir et de penser le spectacle vivant. Ici, quand on ne plane pas, c’est la nostalgie qui nous emporte loin. Yeux grands ouverts au bord de la piste, Lavaudant effleure les territoires de l’enfance. Clins d’œil au cirque traditionnel avec les roulements de tambour, les lampions, les poursuites colorées, les projections sur écran (comme au temps du cinéma sous chapiteau), le sacro-saint cercle qui permet une réelle complicité avec le public. Les fantômes rôdent. On reconnaît un trompettiste fellinien, un ange à la Wenders, une vamp échappée d’un film noir américain… Mais attention ! tout dérape vite : le numéro de domptage des fauves roulants, l’ours paumé, privé d’exhibition, qui fait rire comme… un clown. Malgré ces légers décalages, la mise en scène est au cordeau. Pour ne pas trop brouiller les pistes.

20e / première convoque tous les arts parvenant à les fusionner en un spectacle total traversé de rêves, de rires et de frissons. Il s’appuie sur la synergie entre différentes formes pour définir le cirque comme un réservoir inépuisable de sens, de signes et de codes de représentation. Les écoles représentent un des principaux foyers de création. Cette année encore le spectacle de promotion du C.N.A.C. en témoigne et nous rappelle que le cirque est bien vivant car sans cesse en évolution. 

Léna Martinelli


20e / première

Spectacle des étudiants de la 20e promotion du Centre national des arts du cirque • 51000 Châlons-en-Champagne

www.cnac.fr

Mise en piste : Georges Lavaudant

Chorégraphie : Jean-Claude Gallotta, assisté de Darrell Davis

Avec : Guillaume Amaro, Maud Ambroise, Dana Augustin, Sylvain Briani Colin, Josuah Finck, Jean-Charles Gaume, Thibault Lapeyre, Socrates Minier Matsakis, Qudus Onikeku, Aude Rosset, William Thomas, Sarah Trägner

Collaboration artistique à la mise en piste : Moïse Touré

Son : Luc Guillot

Costumes : Fabienne Varoutsikos

Coordination : Fani Carenco

Création lumière : Georges Lavaudant

Régie générale : Christian Charlin

Régie lumière : Clément Bonnin

Régie son : Pierre Louet

Le Quartz • square Beethoven • 60, rue du Château • B.P. 91039 • 29210 Brest cedex 1

02 98 33 95 00 | télécopie 02 98 33 95 01

lequartz@lequartz.com

Du 20 mars 2009 au 24 mars 2009 à 20 h 30, sauf le 22 mars 2009

Durée : 1 h 20

21,5 € | 16,5 € | 11 €

Tournée

• du 2 au 4 mai 2009, festival Pisteur d’étoiles, Obernai (67), 03 88 95 68 19

• de mai à juillet 2009, en Amérique latine dans le cadre de Circa Latina et de l’Année de la France au Brésil

• en septembre-octobre 2009 (dates à confirmer) : Le Manège à Reims (51), 03 26 47 16 51

• en octobre (dates à confirmer) : Cirque-théâtre d’Elbœuf (76), 02 32 13 10 49

• fin octobre 2009 (dates à confirmer) : Festival Circa à Auch (32), 05 62 61 65 02

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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