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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 20:05

Voyage autocentré


Par Laurie Thinot

Les Trois Coups.com


Le Théâtre de Gennevilliers se lance dans un étonnant face-à-face : « Portrait/portrait ». La totalité de l’expérience comprend 2 × 2 solos, c’est-à-dire quatre spectacles en tout, interprétés à chaque fois par un acteur seul sur scène. Deux des spectacles sont de Pascal Rambert et deux autres de Rachid Ouramdane. Nous avons assisté au premier volet : « Loin… » de Rachid Ouramdane, suivi ensuite de « De mes propres mains » de Pascal Rambert. Une tonalité expérimentale contemporaine, avec toutes les questions sans réponses que ce genre soulève…

Tout commence avec Loin. La scène est grande, noire. Le plafond est si haut qu’on pourrait presque le croire inexistant : cela procure une agréable impression d’espace. Par conséquent, chaque élément posé sur cette scène décuple de valeur. Ici, trois mégaphones noirs montés sur pivot et un sol couvert d’arabesques de fils au bout desquels sont posés de petits boîtiers noirs ou des micros. Un écran blanc rectangulaire, debout comme un miroir en fond de scène, des néons à intensité variable et, surtout, d’étranges formes noires plaquées au sol, luisantes, rappelant des taches de pétrole.

Seul au milieu de ce décor, Rachid Ouramdane, sous une capuche, concentré. Son corps exécute une chorégraphie au ralenti, tandis que les mégaphones crachent des frottements d’air. Puis il appuie sur un des boîtiers lançant une séquence sonore. Il se déplace ensuite, puis, appuyant à nouveau, substitue une nouvelle séquence à l’ancienne ou saisit un micro et vient y dire un texte d’une voix monocorde. Des visages de gens apparaissent sur l’écran rectangulaire. Des voix aussi se font entendre, en anglais, en français, racontant des petits morceaux de leur vie. Les séquences se succèdent alternativement, agissant à la manière d’un puzzle. Pour répondre à la question de l’identité, Rachid Ouramdane a sélectionné un bouquets d’éléments musicaux, filmiques, textuels et chorégraphiques. Centre névralgique, c’est à travers ses choix – et, signalons-le au passage, sous une très belle lumière – qu’il nous offre une vision de lui-même.

Quoique intéressante, cette démarche théâtrale mixte, dynamique et expérimentale souffre d’un certain manque de distance par rapport au propos. En effet, tout ceci est pris très au sérieux, tout en restant fragile. La notion universelle de l’identité est mise en relief – quoiqu’un peu trop martelée –, mais l’ensemble reste systématique et manque d’unité. Par exemple, les phases de texte dites d’une voix monocorde associées à des déplacements sommaires créent une nappe sonore qu’on regarde plus qu’on n’entend. L’alternance entre les passages dansés, les séquences filmées et celles où Rachid Ouramdane parle seul au micro donne l’impression d’une tentative de dialogue entre les différents éléments, mais ceux-ci ne se répondent pas toujours avec évidence.

De mon côté, j’ai surtout vu un danseur chorégraphe de grand talent à la recherche de lui-même. Une sorte d’« egotrip », si je peux me permettre. Transcender ses propres questions existentielles en les articulant spectaculairement est une façon humaniste de les résoudre, mais elle est imparfaite si elle reste purement symbolique. Une synthèse plus nette aurait pu permettre au fond du propos de percer réellement et d’agir en profondeur sur les esprits. Elle aurait aussi ouvert la porte à la dédramatisation et fait accéder à un surcroît d’autodérision.

Un travail aussi ambitieux nous laisse donc en plein flottement à la fin du spectacle. À des « Il est gonflé quand même, non ? » suspendus aux lèvres se mêlent des réminiscences d’expositions d’art contemporain sibyllin… Applaudissements, c’est l’heure du deuxième spectacle. 

Laurie Thinot


Loin…, de Rachid Ouramdane

L’A. | Rachid Ouramdane • c/o Théâtre de Gennevilliers • 41, avenue des Grésillons •92230 Gennevilliers

01 56 04 13 60

contact@rachidouramdane.com

http://www.rachidouramdane.com/

Conception et réalisation : Rachid Ouramdane

Assistante de réalisation : Erell Melscoët

Avec : Rachid Ouramdane

Décors : Sylvain Giraudeau

Création musicale : Alexandre Meyer

Création lumière : Pierre Leblanc

Video : Aldo Lee

Costumes et maquillage : La Bourette

Régie générale et son : Sylvain Giraudeau

Régie vidéo : Jenny Teng

Régie lumière : Stéphane Graillot

Création à Bonlieu, scène nationale d’Annecy, mars 2008.

Théâtre de Gennevilliers, C.D.N. de création contemporaine • 41, avenue des Grésillons • 92230 Gennevilliers

Réservations : 01 41 32 26 10

Du 6 au 13 mars 2009 à 20 h 30

Durée : 1 heure

22 € | 15 € | 11 € | 9 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

guy 29/03/2009 19:53

Je vous trouve trés sévère!Un avis plus séduit: http://unsoirouunautre.hautetfort.com/archive/2009/03/15/portrait-portrait.html

steffi 21/03/2009 16:36

Même ressenti sur cette pièce. Je l'ai vu cet été à Berlin au fesival Tanz im August et j'avais trouvé l'ensemble très, trop bavard, avec un manque de clarté dans le propos. Face à un public non-francophone, le message était d'autant moins passé. Je ne trouve que ce spectacle soit "gonflé", plutôt "enflé" de sa propre importance.Stéphanie, depuis Berlin. A lire le compte rendu sur http://berlin-sur-scenes.blogspot.com/2008/08/its-in-air-corps-sans-gravit.html

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