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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 09:40

Molière et Boulgakov sont
sur un théâtre… Balagan saute sur le plateau,
que devient M. Jourdain ?


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


La compagnie Balagan arrive à Clamart et compte bien y siéger douze jours, avec ses dix comédiens. Une jolie troupe, dont on sent la cohésion interne et un esprit rigoureux dans le plaisir du jeu. Ces qualités sont un atout indéniable pour son spectacle « l’Extravagant M. Jourdain » de Boulgakov, où elle incarne la troupe de Molière et lui fait jouer un très bon spectacle.

Le Théâtre Jean-Arp propose aux habitants de Clamart, et aux autres, une programmation éclectique. Il accompagne sa mission culturelle d’actions menées vers les résidents, pour que l’art vivant s’inscrive plus sensiblement dans leur quotidien. Belle quête pour ce bel endroit, auquel on a donné les moyens d’agir. À la différence de Mikhaïl Boulgakov de son vivant, censuré, humilié et étouffé par le pouvoir soviétique. Malgré tout, rien ne l’a empêché d’écrire, et, lorsqu’on lui commande une traduction du Bourgeois gentilhomme de Molière, il se l’approprie et le transforme en l’Extravagant M. Jourdain.

La pièce n’est plus une comédie-ballet. L’histoire du bourgeois qui voulait être gentilhomme reste la même dans l’intrigue, mais les dimensions atteintes ne sont plus les mêmes. M. Jourdain n’est plus seulement ridicule, mais il aspire profondément à combler un manque spirituel. La solution qu’il trouve pour élever son âme est de sortir de sa condition, s’anoblir à coups de leçons de musique, danse, escrime, philosophie… toutes plus fumeuses les unes que les autres. M. Jourdain est bien innocent et crédule, et son attitude demeure toutefois risible.

© Cie Balagan

On comprend la portée politique du geste de Boulgakov lorsqu’il insère un extrait du Dom Juan de Molière, précisément la tirade sur l’hypocrisie du pouvoir, l’hypocrisie comme seul vice non censurable… Enfin, il déclare son amour pour Molière et les comédiens en décalant la situation de la pièce. Il met en scène la troupe de Molière, qui doit répéter en une nuit un spectacle pour le roi, à jouer le lendemain. Et cette pièce est ? Je vous le donne en mille : le Bourgeois gentilhomme… La rencontre entre MM. Boulgakov et Poquelin paraît évidente tant elle découvre une complicité.

La mise en scène, de Grégoire Ingold, rend le spectacle très harmonieux dans le tumulte d’actions et de personnages. Le fourmillement devient limpide sans être privé d’ébullition, et le dynamisme n’est pas cacophonique. Jeux de rideaux transparents qui cachent presque l’intimité des personnages, projections d’images de tapisseries pour figurer les lieux avec magie, costumes d’époque – celle de Molière – exotiques à l’œil, quelques maquillages aux airs de commedia dell’arte, des chorégraphies qui font voyager l’imaginaire : il se dégage de ce spectacle un charme agréable et stimulant. La direction d’acteurs est bien menée, aucun personnage ne devient caricatural malgré les excès qui abondent. J’ai juste un petit désir inassouvi : la situation des comédiens obligés de travailler encore toute une nuit et à qui les personnages attribués ne plaisent pas forcément me semble une source de double jeu plus riche et féconde que celle proposée ici.

Quant aux comédiens, ceux de la Cie Balagan, ils sont tous bons et nous offrent une colonie de personnages délicieuse. Ils sont subtils, ni trop ni trop peu, ce qui parfait l’équilibre du spectacle et cette fameuse harmonie. Bounsy Luang-Phinith et Julien Muller, qui campent sans doute les personnages les plus hauts en couleur, utilisent leur fort tempérament de façon très différente. Le premier dans un débordement de vitalité et de concentration surprenant (il doit peut-être lui arriver de se surprendre lui-même…), le second dans une droiture telle qu’elle le soutient dans tous les décrochages excessifs, et surtout les lui permet. 

Claire Néel


L’Extravagant M. Jourdain, de Mikhaïl Boulgakov et Molière

Compagnie Balagan

balaganbalagan@free.fr

Mise en scène : Grégoire Ingold

Traduction : Simone Sentz-Michel

Avec : Béatrice Avoine, Emmanuelle Della Schiava, Juliette Rizoud, Étienne Brac, Aymeric Lecerf, Bounsy Luang-Phinith, Julien Muller, Pembe Mwana-Khu, Éric Nasuti, Philippe Vincenot

Scénographie : Élodie Monet, Thiphaine Monroty

Création lumière : Rémi el-Mahmoud

Création costumes : Aude Bretagne

Directeur des combats : Didier Laval

Chorégraphie : Kerrie Szuch

Théâtre Jean-Arp • 22, rue Paul-Vaillant-Couturier • 92140 Clamart

Réservations : 01 41 90 17 02

www.theatrearp.com

Du 17au 29 mars 2009 à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, dimanche à 16 heures, relâche lundi 23 mars 2009

Durée : 1 h 45

21 € | 15 € | 10 €

Pass famille (4 places) : 34 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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