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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 19:14

Crik, krach, clowns


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Le P.N.B. est en berne, le moral des Français dans les chaussettes de la crise, c’est le krach. Soit. Mais pas une raison pour chanter le blues. Séchez donc vos larmes et suivez le cours du Crik ! Le « Club de réflexion et d’investigation clownesque » s’est lancé dans l’industrie mécanique zygomatique. Quelques ratés, des longueurs, un travail d’atelier pas toujours bien abouti donnent à cet appel au « Rêve général », lancé au Théâtre Daniel-Sorano, un air de chantier poétique. En travaux, donc.

Ils sont six, avec un tarin blanc à faire sourire Cyrano. Des employés zélés : petit matin, lever, pointeuse, bureau, petit numéro (quotidien). Une mécanique bien réglée ? C’est sans compter avec les clowns, ces intermittents drôlement inutiles. Un pas de travers, un papier égaré, et la machine se détraque. Une crise arrive plus vite qu’on ne le pense et, n’en déplaise à la chanson, la petite entreprise n’y résiste pas. Le chef de service, despote aux petits bras, plie bagages. Et le service ? Même régime : allez voir sur la grève si j’y suis. Grève ? grève ? Bien, bien… pris au mot alors (on rigole pas avec les clowns) : « Rêve général » ! Banco. De digression en régression, les clowns de bureau, branche tertiaire de service, se recyclent en O.S. du secondaire Puis en artisans primaires. Spécialité : la machine à faire du vent, tendance moulin à pied, histoire de brasser l’air et de prendre son temps. Ingénieux mécanisme : faire tourner les petits vélos dans la tête, c’est de l’emploi à plein temps.

Le Crik annonçait un spectacle qui « fait le point et pose sur ce monde un regard amusé et critique », qui parle « salaires, délocalisations, flexibilité », qui mette « à distance [les] discours actuels sur le travail ». C’était un peu ambitieux, car excepté une belle scène réussie autour du poétique managérial et un ton gentiment moqueur, Rêve général n’est pas franchement critique ou polémique. Fantaisiste, oui, utopique aussi, comique, pas vraiment. De là, une entrée difficile dans l’univers du Crik : quand sont attendus des clowns qui font rire, entrent des clowns à faire rêver. La première partie, en outre, trop longue et insuffisamment dirigée, mine l’intensité du spectacle dans son ensemble. De plus, le travail gestuel manque de précision et de lenteur, d’efficacité et d’attention en somme. Beaucoup d’agitation, peu de répit : les gestes se perdent et se recouvrent sans aller jusqu’au bout de leur signification. Le décor est à l’avenant : encombrant. Trop de portants, de portes, de murs à roulettes (surtout pour cette petite scène sans profondeur du Théâtre Sorano) ; une structure plus simple, unique, avec les mêmes accessoires rendrait l’expression de nos joyeux trublions plus libre. Moins entravé, le jeu plein de verve gagnerait en amplitude et en visibilité.

Plus léger ensuite, le spectacle parvient à nous emporter dans les méandres de son krach poétique. Un joli renversement de situation fait des anciens despotes les bons à tout faire d’un nouveau chef de chantier (la hiérarchie est un jeu de chaise musicale). Il faut créer, innover, augmenter le budget R. & D. Mais enfin ! Foin du travail aliénant, à la chaîne, à responsabilité, de pointe : retour enfin sur la machine à remonter le temps, le vélo à faire du vent, à empaqueter des boîtes à vide. C’est le dernier tableau, et nos clowns se révèlent très prometteurs. Un peu de Buster Keaton, du mime Marceau, des accents de clown blanc et quelques paroles (parfois encore trop, ou trop peu, articulées) : voilà qui constitue leur langage et leur état d’âme. Alors poursuivez le Crik ! Un repositionnement technico-scénographique à prévoir pour booster la bottom line, mais votre commerce est d’avenir, équitable et durable, « humain et généreux et chouette » : c’est trop bon, l’inutile. 

Cédric Enjalbert


Rêve général

Compagnie Le Crik

Conception et mise en scène : Jean-François Maurier

Réalisation et jeu : Rafael Batonnet, Gilles Berry, Marie Chavelet, Cathy Deruel, Philippe Kieffer, Sandrine Righeschi

Collaboration artistique : Sophie Maillard

Assistante à la mise en scène : Soraya Ifrene

Scénographie et costumes : Sandrine Righeschi

Machines et accessoires : Grégoire Danset

Lumières : Denis Desanglois

Théâtre Daniel-Sorano • 16, rue Charles-Pathé • 94300 Vincennes

Réservations : 01 43 74 73 74

www.espacesorano.com

Du 11 mars au 19 avril 2009, du mercredi au samedi à 20 h 45, dimanche à 16 heures

Durée : 1 h 30

25 € | 21 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Gostain 16/03/2009 22:22

J'ai vu leur spectacle à Clamart il y a un mois, et j'ai eu la même impression, en plus critique encore. et j'ai fini par me poser cette question : où voulaient-ils en venir ? Un peu plus de simplicité, d'émotion et un peu moins de prétention, au fond, n'auraient pas été superflus. On est loin de Chaplin et de ses "Temps modernes". Le clown, ce n'est pas du cérébral sur scène !

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