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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 17:04

Il manque comme un petit quelque chose


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Un décor au kitsch réjouissant, des personnages aux travers exacerbés qui en deviennent comiques, un texte incisif et grinçant, des échos justes et inquiétants quant à la difficulté de vivre ensemble. Sous de faux airs de boulevard, « les Jardins de l’horreur » réunit tous les ingrédients d’un spectacle divertissant et intelligent. Et auquel on se plairait à offrir automatiquement sa sympathie. Par conséquent, je peine à comprendre pourquoi j’en suis sortie en me disant : « dommage ! ».

Le jardin de Sigi et Sonni, couple citadin qui découvre les joies de la vie campagnarde, jouxte celui de Friedo et Frieda, le frère de Sigi et sa femme. Cette promiscuité va donner lieu à des intrusions croissantes de Frieda et Friedo dans la vie tranquille et organisée du couple urbain. Jusqu’à ce que l’antipathie cordiale de Sonni pour sa belle-sœur devienne incontrôlable et se mue en une haine féroce et déchaînée qui ne connaîtra plus de limites. La pièce vire alors au carnage burlesque, orchestrée par deux femmes que les maris ne peuvent plus arrêter.

La première question qui demeure, selon moi, quant à cette pièce, est celle du registre. Un manque de clarté dans la ligne choisie crée une sorte de ton flou. C’est comme si tous les comédiens ne jouaient pas la même partition. Faustine Tournan, géniale Frieda, mère au foyer qui se passionne soudainement pour le IIIe Reich grâce aux cours qu’elle suit à l’université populaire, joue une parfaite ingénue. Sa naïveté et sa présence envahissante en font un personnage à la fois touchant et dérangeant. Qu’on prend plaisir à écouter. Mais, face à elle, Geneviève Cirasse, qui joue Sonni, anticipe peut-être trop les choses. On la voit agacée, énervée par sa belle-sœur, mais sans que l’on puisse croire réellement à son énervement, qu’elle nous explique avec des mimiques ou des gestes nerveux, plus qu’elle ne le joue.

De leur côté, les deux hommes se réfugient dans leur jargon professionnel (électricité et chimie) pour échapper au conflit. Un dialogue de sourds s’installe entre eux, finalement aussi violent que la guerre ouverte entre ces dames, tant il est stérile. Mais Martial Crébier et Patrick Chayriguès, malgré leurs qualités d’acteurs certaines, ne parviennent pas à donner vie, relief à ses échanges nébuleux. Les contraintes techniques du texte deviennent un propos en soi, et le public, en face, s’ennuie.

Au final, c’est comme si j’avais passé la représentation à voir rouler sous mes yeux un train dont je ne parvenais pas à devenir voyageuse. Les incessants allers-retours de Frieda et Friedo entre la scène et la salle (leur jardin étant censé être derrière le gradin des spectateurs) ont malheureusement contribué à ne jamais me faire oublier que tout ça, c’était « pour de faux ». Plutôt que d’agrandir l’espace imaginaire, ils m’ont rappelé régulièrement que j’étais dans une salle, assise, et non envolée avec eux dans ces jardins dont je n’ai pu saisir le parfum.

Quel dommage, oui, car de jolis moments pourtant m’ont presque emmenée. Frieda rappelant avec son obsession du IIIe Reich que la haine ordinaire est bien la plus dangereuse ennemie de l’humanité. Ou encore le comique de la confrontation entre un couple propre sur lui et retenu, et un couple envahissant et sûr de son bon droit. J’ai entendu le message et compris le propos dont l’intérêt est indiscutable. Mais ce soir, néanmoins, et pour des raisons mystérieuses, je n’ai pas voyagé. 

Élise Noiraud


Les Jardins de l’horreur, de Daniel Call

Mise en scène : Myrto Reiss

Avec : Faustine Tournan, Martial Crébier, Geneviève Cirasse, Patrick Chayriguès

Assistant à la mise en scène : Sylvain Ricard

Décors et costumes : Andréas Kanellopoulos

Son : Sylvain Ricard

Lumières : Sabine Touzeau

Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 42 22 26 50

Du 4 mars au 5 avril 2009, du mardi au samedi à 21 h 30, dimanche à 15 heures, relâche les 10, 12, 13 mars 2009

30 € | 20 € | 15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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