Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 23:47

Rondeur et volupté


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


La soirée « Danser en rond » apparaît comme un des temps forts de cette saison aux Nouvelles Subsistances. En effet, les deux créations présentées ces jours-ci posent la question des rapports entretenus entre la danse et le surpoids et suffisent à faire voler en éclats les clichés de cette discipline. Le sujet méritait d’être abordé et le débat lancé. Voilà qui est fait avec Doris Uhlish et Thomas Lebrun dans deux créations aussi distinctes que pertinentes.

Doris Uhlish est chorégraphe et danseuse. Son travail a déjà pu être remarqué à l’occasion de Spitze lors du dernier « Week-end » des Subsistances. Dans Plus qu’il n’en faut, la jeune femme a choisi de faire de son corps, non conforme aux poncifs de la danse, le matériau principal de sa démarche, que l’on pourrait identifier comme de la non-danse. En effet, la chorégraphe semble se mettre en scène pour mieux interroger le public et faire apparaître le plateau comme un lieu où ce qui est hors de la norme a toute sa place.

Doris Uhlish argumente son discours à travers plusieurs séquences. Dans un premier temps, elle nous apparaît sur scène vêtue d’une veste et de chaussures couleur or. Une tenue qui met en avant l’opulence de la jeune femme avant que celle-ci ne se mette à nu. Dans un second temps, nous assistons à la démonstration de deux personnes âgées qui exécutent tour à tour quelques séquences dansées. Enfin, un troisième moment est consacré à des conversations téléphoniques entre la chorégraphe et trois de ses amis artistes, afin de les interroger sur le rapport qu’ils entretiennent avec leur corps et que le public entretient avec le sien…

Tout au long de la performance, Doris Uhlish joue de sa silhouette : elle tombe lourdement ; la masse que constitue son corps résonne sur le sol et nous montre à quel point elle s’essouffle après l’effort. Le corps est ici perçu dans ce qu’il a de gros, de malhabile, de hors norme. Toutefois, il se dégage une certaine harmonie. Cependant, le diktat de la norme perdure toujours, comme en témoigne le ton des discussions téléphoniques.

Sur scène, pas d’éclairage particulier, ni de décor : seules trois chaises en fond de scène. Ce vide permet de faire naître la réflexion. On se met à traquer chaque détail, à lui apporter du sens, comme c’est le cas, par exemple, lorsque la chorégraphe souffle la fumée légère et écœurante d’un cigare, qui flotte dans l’air étouffant. Pas de musique non plus, hormis un titre d’Édith Piaf ou encore la tonalité du téléphone, dont l’hypnotique répétition bat la mesure.

Ainsi, ce premier temps de la soirée apparaît comme une expérience plus qu’un véritable spectacle. On ressort quelque peu déstabilisé, sur notre faim. Malgré tout, Plus qu’il n’en faut nous donne l’occasion de nous interroger sur ce que dicte la norme. Sur la manière dont elle fait exister nos jugements et oriente notre pensée… Une véritable mise en bouche avant Thomas Lebrun. 

Élise Ternat


Plus qu’il n’en faut, de Doris Uhlich

Chorégraphie : Doris Uhlich

Avec : Elfie Sus, Doris Uhlich, Wemer Wokenhuber

Dramaturgie : Andrea Salzmann

Les Nouvelles Subsistances • 8 bis, quai Saint-Vincent • 69001 Lyon

Réservations : 04 78 39 10 02

Du 5 au 10 mars 2009 à 19 h 30, relâche le 8 mars

Durée : 1 heure

12 € | 9 € | 6 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher