Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 16:37

Dans l’ombre d’un grand texte

 

La jeune compagnie Le Talon pourpre nous convie ces jours-ci à assister à plusieurs évènements dédiés à l’œuvre de Fernando Arrabal : une lecture de la « Lettre au général Franco », une projection de films, un spectacle.

 

La rencontre avec Fernando Arrabal a été décisive pour la création de la troupe. Encouragés par Arrabal en personne, ces jeunes comédiens talentueux ont réussi à concevoir un spectacle intéressant, même si très académique. Car, cette proposition du Fando et Lis nous fait, certes, bien (re)découvrir le beau texte d’Arrabal. Pourtant, on est confronté plus à une adaptation fidèle qu’à une mise en scène originale et audacieuse.


S’inscrivant dans la lignée du théâtre beckettien de l’attente, le drame Fando et Lis renvoie à la poétique d’un cheminement interminable vers Tar, endroit mythique et inatteignable. Elle, Lis, est paralysée et Lui, Fando, la transporte dans un charriot, la promène, lui chuchote des mots d’amour, et puis l’immobilise et la violente. Un couple éternel et inséparable (comme on a vu dans le théâtre de Beckett), dont la relation se situe à mi-chemin entre la tendresse et violence.


Ensuite, trois voyageurs – un trio inévitable – surviennent. Namur, Toso et Mitaro qui, eux aussi, tentent en vain d’atteindre la ville de Tar. Fando, fasciné, écoute leur dialogue : vaut-il mieux s’interroger d’où vient le vent, où va le vent, ou tout simplement s’endormir dans l’ombre d’un grand parapluie.


Ainsi, dans l’ombre d’un grand texte se joue cette mise en scène rigoureuse et sage. Comme si on n’osait pas trahir le texte écrit et affirmer les choix de sa propre mise en scène, ou transgresser même les règles du plateau. En conséquence, le respect aveugle du texte et de la scène conduit à un spectacle trop technique, trop calculé, fondé sur les lois des déplacements scéniques et veillant toujours à équilibrer le plateau, à respecter la géométrie corporelle et la disposition des acteurs dans l’espace.



Pierre Berçot opte pour une scène de nu afin de mettre au mieux en valeur le jeu (assez intrigant) et les corps des comédiens, habillés et maquillés précieusement. Comme seul élément de décor apparaît un chariot ou une poussette pour enfant, et quelques accessoires : le tambour, la chaîne, les menottes, un parapluie… Une route imaginaire et non figurative vers l’inconnu se dessine alors sous yeux.


Les comédiens utilisent habilement tout l’espace du théâtre : les personnages surgissent derrière nous, l’architecture de la salle le permet aisément. Cela favorise l’aboutissement d’un travail très précis sur les arrêts sur image, en organisant un beau jeu entre la lumière et le noir, entre le flux de paroles, la musique et le silence. Toute cette recherche pointilleuse sur l’expression visuelle est accompagnée par quelques effets spéciaux (telle la pluie des bulles de savon). Quelques belles trouvailles s’affinent.


À l’inverse, les autres propositions me laissent perplexe : comme le choix de trop de réalisme et de pathétique dans le jeu de Lis (Caroline Rochefort), ou une certaine platitude et légèreté dans la conception des personnages de Namur, Toso et Mitaro (trois voyageurs efféminés, en chaussures rouges à talons ?).


Malgré ces quelques faiblesses interprétatives et chorégraphiques, il nous a été livré ce soir-là un travail honnête et intéressant. Et d’autant plus appréciable que servi par une jeune compagnie pleine d’énergie et d’ambition, qui n’a pas hésité à représenter un texte difficile et rarement monté sur les scènes françaises. 


Maja Saraczyńska

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Fando et Lis, de Fernando Arrabal

Compagnie Talon pourpre • 14, rue Beauregard • 75002 Paris

talonpourpre@gmail.com

www.talonpourpre.com

Mise en scène : Pierre Berçot

En collaboration avec Sarah-Lise Salomon-Maufroy

Avec : Caroline Rochefort, Pierre Berçot, Jonathan Perrein, Benoît Morvan, Emmanuel Soto

Costumes : Gabrielle Tromelin

Accessoires : Philippe Plouzen

Sudden Théâtre • 14 bis, rue Sainte-Isaure • 75018 Paris

www.suddentheatre.fr

Réservations : 01 42 62 35 00

Du mardi 3 au dimanche 8 mars 2009 et du mardi 10 au dimanche 15 mars 2009 à 19 heures

Durée : 1 h 15

17 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher