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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Esprit rock
Venez rencontrer Hedwig, la diva à l’humour narquois et à la dégaine affriolante. Hedwig, ou l’esprit rock : naissance, apogée, déclin et renouveau. Venez dans la cave voûtée du Sentier des Halles goûter à l’atmosphère de l’« underground » parisien loin des dorures et des assises confortables. Mi-concert, mi-spectacle, mais pas de demi-mesure dans cet opéra déjanté, sonore et touchant.
Est-ce possible de dissocier le rock de ses stars ? D’Elvis à Kurt Cobain en passant par David Bowie, Mick Jagger ou Freddy Mercury… les rock stars incarnent leur musique jusqu’à, parfois, se consumer avec elle. De là, peut-être, découle notre fascination pour ces êtres plus grands que nature, pour ces stars kitch et écorchées et pour cette musique ensorcelante.
Hommage est rendu ici au rock dans tous ses états, au travers du personnage exubérant de Hedwig et des chansons qu’elle interprète avec son groupe The Angry Inch. Bien que le spectacle ait été adapté pour un public français (la production originale nous vient de Broadway), les chansons sont toujours chantées en anglais. Le compositeur Stephen Trask connaît son répertoire et cherche à partager son amour des mélodies : parfois lyriques et rappelant Bowie, ou énervées à la Iggie Pop. Le public voyage dans un son un peu passé et pourtant toujours tellement efficace et énergique.
© Henri Séguin
Comme dans beaucoup de comédies musicales, le scénario se révèle ici moins percutant que les chansons. On a parfois l’impression que le monologue de Hedwig sert seulement de mince fil conducteur pour relier les morceaux entre eux. Plusieurs explications peuvent être données quant à la pauvreté relative du texte. Celui-ci est adapté du livret original américain, et les références sont transposées pour correspondre à la sensibilité française. Il en résulte une perte de rythme par endroits. On ne sait pas toujours où Hedwig veut en venir. Ses blagues ne font pas toujours rire, et ce ne semble pas être de la faute de l’interprète, Matthieu Bonnicel, qui campe avec conviction et mélancolie le rôle ambigu de Hedwig. Mais j’ai envie de dire que, quand la musique est bonne…, on peut plus facilement ignorer les imperfections du scénario. Et la musique est bonne.
En outre, ce que la version française perd en verve parlée, elle gagne en cachet. La salle du Sentier des Halles est parfaitement adéquate pour ce spectacle. C’est une salle de concert avec sa petite scène, ses murs nus, son air mal léché. C’est un lieu de culture alternative, pas une institution sclérosée. Et on sait tous que le rock n’est vraiment vivant que quand il surgit des endroits les plus humbles et désordonnés. La mise en scène est, elle aussi, fidèle à l’esprit rock. Ce sont les instruments et la star qui créent le spectacle. Hedwig, dans ses plus beaux atours, mène la danse. Elle hypnotise avec ses paillettes, ses perruques et ses belles paroles. L’utilisation d’animations vidéo ajoute à l’esthétique du concert. Les effets visuels accompagnent la musique.
Je ne parle pas de la fin du spectacle pour ne rien dévoiler, mais disons juste que… ça vaut le coup de rester. Et avant de partir, signalons la puissance et l’expressivité de la voix de Chem, qui joue le personnage de Yitzhak. Ça, c’est de la voix ! ¶
Anne Losq
Les Trois Coups
Hedwig and the Angry Inch, de John Cameron Mitchell et Stephen Trask
La Poursuite Productions • 24, rue des Tournelles • 78000 Versailles
Mise en scène et direction artistique : Guilain Roussel
Direction d’acteurs : Thomas Moulin
Direction musicale : Rozen Schtark
Avec : Matthieu Bonicel et Chem
Musiciens : Pascal Lajoye (guitare et clavier), Alexis Maréchal (guitare), Sébastien Léonet (batterie), Olivier Mezzadri (basse)
Création vidéo : Baptiste Delval
Maquillage : Christelle Calmels
Costumes : Patrick Cavalié
Régie lumière : Bastien Gérard
Régie son : Gautier Léon
Sentier des Halles • 50, rue d’Aboukir • 75002 Paris
Réservations : 01 42 61 89 96
Les 7, 8, 13, 14, 26, 27 et 28 mars 2009 à 22 heures
19 € | 15,70 €
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